ICE PIG T.1
Koori no buta, 氷の豚 - Japon - 2016
Image de « Ice Pig T.1 »
Dessinateur : Yukai Asada
Scenariste : Yukai Asada
Nombre de pages : 192 pages
Distributeur : Tonkam
Date de sortie : 15 mai 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Ice Pig T.1 »
portoflio
LE PITCH
La société Farm, au cœur de nombreuses légendes urbaines (vente d’esclaves, trafic d’organes, système de caste), fait sa loi dans la société japonaise. Une lycéenne, pirate informatique surnommé Ice Pig, et Vespa, un jeune homme sans revenu fixe, en ont été les victimes. Unis par une relation de maîtresse et serviteur, ils cherchent à se venger et déclarent la guerre à Farm.
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vente en gros

Pas encore tout à fait une des nouvelles stars du manga, Yukai Asada est une petite valeur qui monte, venant confirmer après Woodstock et Tokko-Zero, son intérêt pour des thématiques originales et assez personnelles. Et en l'occurrence, Ice Pig se déroule ni plus ni moins sur fond d'esclavagisme moderne.

Officiellement l'esclavagisme a totalement disparu de nos sociétés dîtes modernes. Dans la réalité, il en est bien entendu totalement autrement. On ne parle même pas ici de certains pays où cela est ouvertement pratiqué, mais bien de méthodes plus discrètes, mais tout aussi avilissantes, qui asservissent les populations moins favorisées. Un phénomène lié au libéralisme omniprésent et célébré par les castes dominantes et une marchandisation du vivant qui, forcément, touche aussi l'homme. Les ouvrages d'analyses de ces mécanismes sont nombreux, mais pas toujours relayé dans les médias visibles (étonnant non ?) et il ne faut pas forcément compter sur le mangaka Yukai Asada pour en développer la démonstration de manière méthodique. Auteur d'un Woodstock largement porté par sa culture musicale, il se tourne ici vers la parabole volontairement poussive, abordant son sujet comme un thriller seinen un peu punk et légèrement pervers. Après avoir sauvé quelques jeunes femmes qui allaient être revendues à de riches hommes d'affaire, Vespa découvre une organisation secrète, Farm, réseau entre mafia et groupuscule politique, qui s'amuse à étaler les laissés-pour-compte dans de grande ventes aux enchères festives et avilissantes. Ratrappé, il est mis en vente à son tour, il est heureusement racheté par une jeune fille, ancienne esclave elle aussi, qui a décidé de faire la guerre à Farm.

 

c'est la saison des soldes


Une rébellion contre le système qui résonne très efficacement avec les mouvements populaires actuels et la défiance face au capitalisme, et qui ne détourne pas les yeux devant la cruauté et la bêtise (ici d'une frange des adolescents) du monde réel. Employés poussés dans leur derniers retranchements, femmes le plus souvent réduites à de simples objets sexuels, paupérisation, humiliations... Les humains rachetés finissent même le plus souvent comme de simple sacs à dons d'organes. Plutôt efficace comme thriller, plus que sympathique par ses opinions idéologiques, Ice Pig est aussi un manga qui joue de manière subversive avec la liaison habituelle des deux héros, en y ajoutant une relation dominant-dominé troublante où forcément le léger romantisme prend parfois un petit coup dans l'aile. Achevé en cinq volumes au Japon, Ice Pig pose ici les bases d'une réflexion certes caricaturale, mais pas innocente, sur des notions complexes et terriblement d'actualité. Mais si l'auteur se montre assez ambitieux dans ses thèmes et convaincant dans son écriture, ses illustrations, elles, manquent souvent de punch autant que de stabilité dans les proportions des corps et les expressions de visages. Un visuel trop « facile », trop basique là où un travail plus appuyé sur les ambiances, sur des sensations oppressantes, sur une violence sourde, aurait sans aucun doute mieux accompagnés l'enquête d'Ice Pig et son serviteur docile.

Nathanaël Bouton-Drouard


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