L’éPéE SACRéE
Sword of Ages #1-5 - Etats-Unis - 2017/2018
Image de « L’épée sacrée »
Dessinateur : Gabriel Rodriguez
Scenariste : Gabriel Rodriguez
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 24 avril 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « L’épée sacrée »
portoflio
LE PITCH
Une jeune fille, fort justement prénommée Avalon, devient la détentrice d’une épée sacrée. Mais elle va devoir unir les forces de son monde derrière elle pour le sauver des hordes d’aliens belliqueux.
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Camelot in space

Après avoir connu sa première grande gloire avec le comic déjà culte Locke & Key, Gabriel Rodriguez revient, émancipé, avec un creator own écrit et illustré par ses soins. Outre la prise de risque pour l'artiste, il opère ici un changement de style aussi admirablement que surprenant.

Découvert par son trait vif, énergique aussi cartoony qu'inquiétant dans l'excellente série Locke & Key imaginée par Joe Hill, ou dans l'adaptation du Secret Show de Clive Barker, Gabriel Rodriguez avait imposé d'emblé un style personnel bien marqué, nourri du manga, des comics et de ses origines latines. Mais lorsqu'il entama en 2014 son travail sur la relance de Nemo in Slumberland, il opéra une métamorphose inattendue, son trait s'arrondissant, ses contours se montrant plus réalistes et proportionnés, ses expressions plus fines, ses mises en pages plus épurées... Ressemblant ainsi de plus en plus à un héritier de Moebius. Un mouvement clairement concrétisé dans sa première création en solo, L'épée sacrée, où tout concours à rappeler constamment les mondes imaginaires du créateur d'Arzac, L'Incal et le Garage Hermétique. Les effets de pointillés, la ligne claire composée de légères stries, les compositions de certaines planches structurées comme des œuvres classiques, et bien entendu ce mélange constant entre Fantasy épique et Space Opera qui était l'une des signatures du père de Métal Hurlant. Mais pas de voyage contemplatif et métaphysique ici, la mini-saga de Rodriguez ce veut surtout une grande aventure épique qui ne s'encombre pas de chemins parallèles ou de réflexions complexes.

 

effilée


Fille des étoiles embarquée dans une quête pouvant sauver le monde, Avalon met la main sur l'épée magique dès la fin du second chapitre, embarque ses anciens rivaux dans la foulée et débarque en pleine bataille finale... Qui va durer pas moins de quatre fascicules complets. Tout le talent de narrateur de Rodriguez repose alors sur sa faculté à donner une consistante à un univers que l'on traverse rapidement, dont on ne découvre les différentes peuplades que pour les observer se trancher dans le lard, tout en déployant des fresques gigantesques où se croisent combats à l'épée, machines de guerre, magie, armes futuristes et monstres géants ! Spectaculaire pour le moins, souvent électrisant et aussi sublime que du Tolkien adaptée en BD par P. Craig Russell (Coraline, American Gods), L'épée sacrée est aussi une relecture technoïde de la légende arthurienne où l'amateur reconnaitra quelques personnages revisités à la sauce Mad Max, quelques épisodes croisés avec Le Livre de la jungle (oui, carrément), tout autant que des archétypes totalement assumés qui servent de fondation à cette épopée guerrière. Car derrière ce premier album en forme d'introduction fabuleuse, les planches de Rodriguez donnent à apercevoir un monde (cultes, races, cultures...), voir un univers plus vaste tendant vers un voyage prochain au-delà de cette planète. Tous les ingrédients sont là, étalés devant les yeux du lecteur, mais manifestement le succès n'a pas été au rendez-vous aux USA où la série a été stoppée à l'issue de ce premier volume. Une œuvre inachevée, prometteuse pourtant, mais qui reste un très bel objet, venant à nouveau confirmer les multiples talents de Gabriel Rodriguez.

Nathanaël Bouton-Drouard




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