CONAN LE CIMMERIEN T.5 : LA CITADELLE éCARLATE
France - 2019
Image de « Conan Le Cimmerien T.5 : La Citadelle écarlate »
Dessinateur : Etienne Le Roux
Scenariste : Luc Brunschwig
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 27 mars 2019
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Après être tombé dans un guet-apens, le roi Conan d’Aquilonie se retrouve enfermé dans les geôles de la terrible citadelle écarlate. Pendant ce temps, le prince Arpello de Pellia s’apprête déjà à prendre sa place sur le trône.
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le lion et les rats

Pour son cinquième tome, la collection dirigée par Patrice Louinet choisi d'adapter la... 5ème nouvelle de Conan écrite par Robert E. Howard. Une nouvelle où, comme sa toute première, le Cimmérien est roi. Une occasion, pour l'écrivain, de coucher une nouvelle fois sur le papier les valeurs de celui qu'on désigna trop souvent sous le terme de barbare et, pour Glénat, d'offrir à deux nouveaux auteurs la possibilité de donner leur vision du Cimmérien.

C'est dans Le Phénix sur l'Epée, édité en décembre 1932 dans la revue Weird Tales, qu'apparaît pour la première fois le personnage de Conan. Il est alors un roi qui regrette le temps de sa liberté et qui va être victime d'une tentative d'assassinat fomentée par un sorcier. Un an plus tard, après plusieurs nouvelles où il est successivement guerrier et voleur, Conan redevient roi dans La Citadelle Ecarlate.
Comme dans sa toute première aventure, son trône est menacé par un sorcier, mais aux ordres de nobliaux voulant s'en emparer. Après être tombé lors d'un guet-apens ourdi par ses rivaux, le Cimmérien se retrouve emprisonné dans les profondeurs de la citadelle du sorcier, où repose des monstruosités tentaculaires et rampantes qui vont faire vaciller sa raison. Derrière cette nouvelle, Robert E. Howard donne son idée de la noblesse, celle qui a eu accès à de hautes fonctions simplement en étant bien née et pointe du doigt son manque de valeur voire sa félonie. Alors que Conan, considéré comme barbare, s'est lui frayé un passage vers le pouvoir à grands coups d'épée, au prix de son sang et de sa sueur. Il est Amra le lion, noble et fier souverain d'Aquilonie et ses comploteurs ne sont que des rats. Au passage, Howard en profite pour rendre celui que l'on pensait invulnérable fortement diminué : il perd son armée, est fait prisonnier, rencontre des monstres qui sont à deux doigts de le dévorer ou de le rendre fou (les correspondances avec H.P. Lovecraft sont sûrement passées par là)... Et pourtant, sa prestance de guerrier, son aura finalement invincible n'en sortent qu'une nouvelle fois grandies. Du grand art.

 

la chanson de conan


Pas facile de passer après Robin Recht et sa magnifique adaptation de La Fille du Géant du Gel. C'est peut être ce qu'ont dû se dire Luc Brunschwig et Etienne Le Roux lorsqu'il a été question pour eux de s'atteler à leur tome du Cimmérien. Peut-être mais pas sûr. Car Le Roux et Brunschwig comptent déjà de beaux faits d'armes derrière eux.
Etienne Le Roux a ainsi croisé la route de Matthieu Lauffray sur la série Le Serment de l'Ambre, dont il a signé en partie le deuxième tome avant de dessiner seul cette fois les trois tomes de la série de SF Amenophis IV. Son style très détaillé, à l'encrage excessivement fin, offre une esthétique inédite aux aventures du Cimmérien, souvent beaucoup plus marquée (surtout outre atlantique). Conan y apparaît fort et solide mais pas disproportionné et sa musculature certes saillante est clairement ancrée dans un réalisme voulu et important pour l'artiste.

Côté scénario, Luc Brunschwig, à qui l'on doit la série Après la Guerre (déjà avec Etienne Le Roux au dessin) ou encore une incursion le temps d'un album dans la série héritière de l'oeuvre de Jean Van Hamme, XIII Mystery, livre quant à lui une version très différente de celle de la nouvelle. Quand chez Howard La Citadelle Ecarlate débute sur le lieu du champ de bataille où l'armée du roi d'Aquilonie vient de subir une défaite cuisante, Luc Brunschwig commence son scénario par l'arrivée d'un ménestrel (celui de Conan) dans un bourg du royaume. L'homme a vu le fracas des combats et son issue, il court avertir le peuple que leur roi est tombé et que le temps de la paix et des alliances est terminé. De l'aspect politique de la nouvelle de l'écrivain, c'est à peu près tout ce que le scénariste gardera. Car là où la nouvelle prenait le temps de décrire les bienfaits du règne du Cimmérien (alliance des peuples, lois justes, prospérité...) et de présenter une harde de vautours prêts à fondre sur le trône laissé vacant, la bande dessinée elle, limitée par son format et son nombre de planches, est bien obligée de trancher et préfère donc s'en tenir à la présentation du sorcier Tsotha-Lanti (maître de la citadelle du titre) et du traître Arpello. Une bonne idée qui rend la narration fluide et lui permet surtout de conserver un nombre de planches conséquent pour pouvoir mettre en scène le coeur du récit : l'évasion de Conan de sa prison souterraine et sa rencontre avec des monstres inconnus même pour lui. Quant au ménestrel, même s'il pourra faire grincer quelques dents (Conan ? Avoir un ménestrel?), sa présence reprend finalement l'idée qu'avait Howard des écrits du Cimmérien : des aventures racontées au gré de souvenirs comme le ferait un barde en chantant les exploits de grands héros.

Au final, les quelques risques pris à s'éloigner parfois du récit original sont payants , surtout qu'ils n'entament jamais, bien au contraire, le respect et la déférence dû à l'univers de l'auteur texan. Encore un bel album pour cette collection donc, en attendant le prochain, Chimères de fer dans la clarté lunaire, prévu pour le 29 mai prochain.

Laurent Valentin




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