MOTOR GIRL
Etats-Unis - 2016/2017
Image de « Motor Girl »
Dessinateur : Terry Moore
Scenariste : Terry Moore
Nombre de pages : 250 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 22 août 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Motor Girl »
portoflio
LE PITCH
Samantha, ex-militaire qui a effectué trois séjours en territoire hostile et souffrant de syndrome post-traumatique, vit retirée du monde et gère un garage – ou plutôt une casse auto – en plein désert. Elle a pour seul compagnon un ami imaginaire, un gorille de 2,20 mètres de haut… Lorsqu’une soucoupe volante choisit de se crasher près de la casse, les ennuis de Samantha ne font que commencer…
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King Mike

Sorti de longues années construites autour de séries longues comme Echo et Rachel Rising et excessivement longue comme son chef d'œuvre Strangers in Paradise, Terry Moore semble faire une pause plus légère avec sa dernière création Motor Girl. Dix petits chapitres pour une rencontre improbable entre une jolie jeune femme, un gorille qui parle et de sympathiques petits martiens... Une comédie de SF. Oui mais pas que, bien entendu.

Si Terry Moore ne s'est que très rarement plié aux dictats des grandes maisons de la BD américaine, ce n'est pas uniquement pour préserver sa liberté d'artiste, mais aussi plus naturellement parce que ses séries relèvent systématiquement de genres presque indéfinissables. Difficile en effet de ranger des comics dans des cases bien normées lorsque l'auteur passe de la comédie au drame déchirant, du fantastique réjoui au thriller, voir à l'horreur tendue, sans prévenir, sans faillir. Annoncé presque immédiatement après la fin de Rachel Rising (mais imaginé juste après Echo) Motor Girl repose en grande partie sur une image promotionnelle sensiblement trompeuse. On y voit ainsi Samantha et un gorille massif presque recouverts de petits aliens échappés d'un cartoon à leur pied. De quoi nourrir une farce nonsensique, un délire absurde, ce que Terry Moore s'efforce de faire avec une douce touche d'ironie, en jouant constamment sur la mythologie américaine (la zone 51, le désert du Nevada, le scientifique fou en contrat avec le gouvernement...) où les deux hommes en noirs sont de lamentables agents de mains débutants à la ramasse, tandis que l'arme de destruction massive à sans doute été piquée dans un album de Tintin (petit clin d'œil étonnant à Hergé).

 

les bons amis imaginaires


Réjouissant, charmant, en particulier lorsque les adorables aliens débarquent dans la casse de Samantha à cause d'une durite pétée ou simplement pour prendre une douche. Toute la fraicheur et la bonne humeur de Terry Moore, dont le trait en lignes noires pures et claires, s'avère aussi soigné pour rendre les expressions profondément humaines et variées de ses personnages, l'énergie de leur mouvement ou la rondeur de gags grotesques presque en hommage à Tex Avery. Sauf que derrière les sourires et le joyeux bordel dans un paysage où il fait 45° degré à l'ombre, Motor Girl cache un drame déchirant, un portrait profond, juste et sensible d'une « héroïne » vétéran de guerre, victime de post-traumatique, incapable d'oublier une mission achevée dans le sang et des mois de torture aux mains de ses ennemis. Si l'auteur ne cache jamais que ce brave Mike, grand singe biker à ses heures, est totalement invisible aux autres personnages que Samantha, reste maintenant à savoir ce que les petits hommes verts viennent faire là-dedans.... Jusqu'aux dernières pages Moore maintient le cap, entre mélodrame viscéral et ruptures naïves, drolatiques, et se réserve une conclusion assez classique certes, mais d'une grande justesse. C'est ce qu'on appelle viser juste.

Nathanaël Bouton-Drouard


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