ESCAPE THIS
France - 2018
Image de « Escape This »
Dessinateur : Stéphane Betbeder
Scenariste : Federico Pietrobon
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 4 avril 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Escape This »
portoflio
LE PITCH
Quatre personnes, deux hommes et deux femmes, toutes et tous de nationalités différentes, sont sur le point de mourir. Pourtant, ils se réveillent dans une immense pièce blanche. Près de l’unique porte de sortie, une énigme. Un jeu étrange vient de débuter…
Partagez sur :
Temet Nosce

Surfant sur la popularité des Escape Games, Glenat ajoute une nouvelle pierre à son anthologie Flesh & Bones et débauche les le français Stéphane Betbeder et l'italient Fereico Pietrobon, les duettistes de Deep chez Soleil. Croisement pas très inspiré entre Saw, La Quatrième Dimension et le manga Judge, Escape This est une vraie déception où une poignée d'idées intéressantes trébuchent sur une intrigue prétentieuse.

La simplicité est décidément une vertu qui se perd. Alors qu'un tel sujet appelait à une écriture rigoureuse de thriller, Betbeder décide de jouer les petits malins et d'emmener son histoire sur le terrain du fantastique à tendance allégorique. A priori, pourquoi pas ? Mais lorsque tombe la résolution, à une dizaine de pages de la fin, confuse et tirée par les cheveux, on comprend bien que la démarche n'est que pure vanité.
En soi, l'idée de transformer le dédale de salles piégées en portions du corps humain est enthousiasmante (superbes transitions dans des escaliers où globules rouges et plaquettes tournoient autour des personnages) et on se dit qu'un virage vers la science-fiction serait peut-être le bienvenu. Hélas, on reste dans la métaphore et le propos se fait de plus en plus abscons. Nos héros sont-ils vivants ? Est-ce le purgatoire ? Sommes-nous tombés sur une rediffusion de la dernière saison de Lost ? Peu importe la réponse à ces questions, le temps que l'on passe à se les poser joue en défaveur du suspense tant espéré. Les énigmes à résoudre sont purement décoratives quand elles ne s'appuient pas sur des clichés un peu périmés (oui, vous aurez droit à cette bonne vieille ruse de la clé que l'on cache dans le bide d'un pauvre infortuné). Page après page, une impression de déjà-vu domine, les enjeux se liquéfient et l'ennui s'installe.

 

mort à l'arrivée


Les planches de Pietrobon sont soignées et richement détaillées, le tout dans un noir et blanc du plus bel effet, mais l'influence écrasante des mangaka Mari Yamazaki et Hiroya Oku privent Escape This d'une personnalité distincte. Le constat est le même lorsque l'on passe en revue les différents protagonistes de cette histoire sans finalité. Se bousculent donc pour atteindre la sortie : un footballeur italien impulsif, superficiel et inculte, une desperate housewife américaine rongée par la maladie d'amour, un russe qui cache un lourd secret et une adolescente japonaise suicidaire. Bricolés avec des lieux communs, aucun n'est vraiment attachant ni crédible. Seul le mystère qui plane autour d'une vieille dame danoise et de sa vie empoisonnée et constellée de tragédies fait naître un semblant d'émotions mais la raison de sa présence en marge (puis au centre) de l'intrigue ne tient pas debout et le soufflé retombe là aussi.

A trop méditer sur le sens de la vie et le poids du remord, Escape This essaie de faire passer des vessies pour des lanternes et s'éloigne du principe même des one-shot de la collection Flesh & Bone. Surprendre le lecteur sans le lasser, le piéger sans le perdre, l'amuser sans l'enfumer. Comme dirait tonton Herta, le goût des choses simples.

Alan Wilson


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021