RANMA ½ T.1&2
Japon - 1987/1988
Image de « Ranma ½ T.1&2 »
Dessinateur : Rumiko Takahashi
Scenariste : Rumiko Takahashi
Nombre de pages : 700 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 3 janvier 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Ranma ½ T.1&2 »
portoflio
LE PITCH
C'est fou comment de l'eau, chaude ou froide, peut bouleverser la vie d'un homme. Demandez à Ranma Saotome par exemple : le simple contact avec ce liquide le métamorphose en homme... ou en femme, selon la température de l'eau. Autant dire que sa vie sera tout sauf un long fleuve tranquille, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs(trices)...
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Modern Love

Après Akira, Gunnm et Ghost in the Shell c'est au tour du plus léger, mais tout aussi essentiel, Ranma ½ de connaitre les honneurs d'une Perfect Edition en France. Une ressortie en seulement 20 tomes (au lieu de 38) qui est loin d'être une simple astuce éditoriale, puisque pour la première fois la série se dégustera dans le sens original !

Car oui, comme beaucoup des premiers mangas à avoir été exportés chez nous, Ranma ½ avait connu des volumes à la qualité pas franchement convaincante et surtout peu respectueuse de l'œuvre. Un renversement des planches, des informations et des cases qui perdent tout leur sens, une traduction irrégulière, une impression un peu pauvre... Des manquements que les deux premiers tomes de la Perfect Edition effacent assez efficacement, retrouvant déjà les couvertures d'origines (avec les sur-couvertures pimpantes), les petites illustrations en couleurs, un sens de lecture japonais indispensable et une toute nouvelle traduction. Cette dernière ne va sans doute pas faire plaisir à tout le monde, certains lecteurs étant bien accrochés à leurs souvenirs et à leurs habitudes, mais il faut lui reconnaitre un rafraichissement assez agréable et une petite modernisation bienvenue. Le fameux P-chan devient Pitchoun (ce qui est plutôt bien vu) et quelques vannes se montrent un poil plus percutantes... même si l'on doit noter quelques fausses notes comme l'apparition de gros mots (« pauvres con ») et quelques expressions limite franchouilles. Les traductions, un vieux débat, mais gageons que l'essentiel est qu'elle n'entache jamais le talent de Rumiko Takahashi, ni l'irrésistible hilarité qui prend le lecteur à chaque chapitre.

 

comédie transgenre


Particulièrement impressionnant de voir en effet qu'avec trente ans au compteur, Ranma ½ est encore et toujours un sommet de la shonen comedy et l'un des grands tours de force de sa créatrice. Alors déjà nimbée des succès colossaux de la comédie romantique Maison Ikkoku (aka Juliette je t'aime) et du délire SF absurdement génial Urusai Yatsura (aka Lamu), Rumiko Takahashi enchaine dans les pages de Weekly Shonen Sunday avec un nouveau concept dont elle a le secret : une romance forcée mais pas impossible entre deux adolescents japonais dont l'un a malheureusement la fâcheuse tendance à se transformer en fille dès qu'il se prend de l'eau froide sur la tête. Un ingrédient déjà assez redoutable pour ménager les futurs quiproquos, les échanges houleux entre les deux héros (car Akane et Ranma ont leur caractère), mais qu'elle incarne dans une vision joyeusement bordélique et improbable des arts martiaux asiatiques. Tout dans Ranma ½ est donc une question d'oppositions, d'obstacles à franchir et de camaraderies à venir, menant lentement, mais surement, vers un horizon amoureux dont tout le monde, sauf les protagonistes, connait l'issue. Pas de besoin de tour de chauffe, Takahashi connait son affaire et impose dès les premières pages une introduction admirablement concise et percutante, pour embrayer rapidement sur un défilé de personnages inédits et loufoques qui ne vont cesser de s'accumuler, de péripéties en péripéties, avec à chaque fois un grain de folie bien marqué, outils redoutable dans les mains de la mangaka qui rivalise de trouvailles narratives, d'effets d'accumulation, de retournements intempestifs et de gag visuels hilarants pour plonger le tout dans un rythme frénétique, voir hystérique parfois, et surtout totalement barré.

 

les joies retrouvées de la douche froide


Du poseur, mais débile, Kuno maitre du Kendo surnommé (il paraît) « l'éclair bleu du lycée Furinkan » à l'indispensable Ryoga au sens de l'orientation très particulier, en passant par la gymnaste et fourbe Kodachi ou le couple de patineur de luxe du Lycée Kolkhoze, tous se chamaillent pour la gloire ou les beaux yeux de l'une et l'autre. Tout n'est que prétexte à des combats spectaculaires et invraisemblables, parodies nonsensique des duels d'arts martiaux classiques du shonen. Sachant bien entendu, que certains d'entre eux, et beaucoup à venir, ont eu la riche idée de se trimbaler du coté des même sources magiques chinoises que Ranma et son père Genma (oui le panda avec une pancarte...). Petit cochon noir, chat soyeux, canard à lunette et autres créatures moins probables vont pointer leur nez dans un spectacle déjà bien chargé. Tout ici est poussée à l'absurde, mais le talent de Takahashi est de rendre toujours cette joyeuse bande de barges absolument sympathique, touchante et attachante, ou même les plus querelleurs, les plus bravaches et les plus abrutis, ont leurs petits moments de grâce. Véritable comédie sentimentale bien menée, shonen gentiment érotique mais très joueur sur la répartition des sexes, et manga de castagne virtuosement extravagant, Ranma ½ est une œuvre jubilatoire, un classique qui n'a rien perdu de son mordant, bien au contraire.

Nathanaël Bouton-Drouard








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