STRANGE FRUIT
Strange Fruit #1-4 - Etats-Unis - 2016
Image de « Strange Fruit »
Dessinateur : J.G. Jones
Scenariste : Mark Waid
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 5 avril 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Strange Fruit »
portoflio
LE PITCH
Chatterlee. 1927. Le fleuve Mississipi est en crue et menace de dévaster des villes entières. Des villes qui ont vécu – il n’y a pas si longtemps encore – de la richesse des plantations de coton où l’esclavage était de mise. Un être venu d’ailleurs – aux pouvoirs extraordinaires – descend littéralement du ciel et fait irruption au milieu de cette catastrophe naturelle. Sa peau est noire…
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captain America

La bête n'est jamais vraiment morte, et alors que le dernier président en date des Etats-Unis a refusé que la chanson Strange Fruit, symbole déchirant de la ségrégation raciale et des lynchages, soit entendue à son investiture, une minisérie produite par deux références des comics a déjà réussie à créer la polémique quelques mois plus tôt.

Une chanson mythique, symbolique, popularisé par Billie Holiday puis reprise par beaucoup d'autres, faisant référence avec une certaine violence aux corps des pauvres noirs pendus à la chaine par les barbares du Klu Klux Klan. Et le titre de l'album en question n'est bien entendu pas un hasard, mais clairement un hommage, et d'une certaine façon une extension graphique puisqu'elle se rapporte aux même enjeux, à la même fracture entre les populations du sud séparées uniquement par leurs couleurs de peau. Sauf que dans cette évocation, le « fruit étrange » net fait plus forcément référence uniquement au corps qui se balancent à une branche, mais aussi à un étrange objet tombé du ciel, atterrissant sur terre en 1927, dans une petite ville du Mississipi menacée par la crue historique du fleuve. Une contrée encore bien marquée par la ségrégation et qui voit apparaitre un surhomme si cher à Nietzche, seul à même de les sauver, grand, fort, puissant et imposant.... Oui, mais il est noir ! Un colosse d'ébène qui renvoit indirectement autant à des mythes bibliques (l'homme face aux déchainements de la nature, le sacrifice presque christique) qu'à une pauvre poignée de super-héros black apparus au gré des décennies, mais peinant encore et toujours à s'imposer comme des incontournables du genre.

 

Intolérances


Auteur parfaitement intégré dans le système des grandes maisons, ayant laissé sa marque sur The Flash ou Daredevil, Mark Waid a entamé depuis quelques temps une analyse régulière de la figure du surhomme, avec en particulier un Irrécupérable presque aryen et carrément psychopathe auquel semble répondre avec ironie le mutique « superman » de Strange Fruit. Mutique d'ailleurs, l'album pourrait presque l'être totalement, tant la narration réduit les discours politiques au minimum, évacue les élans de bon sentiments, préférant conter une fable catastrophe, historique, presque hollywoodienne, et laisser les images parler d'elles-mêmes. Ces dernières sont signées J.G. Jones (Green Lantern, 52, Wanted) mais se rapproche surtout de l'impériosité de ses fameuses couvertures, aux poses fortes, emblématiques. Mais il la teinte ici avec un regard à hauteur plus humaine, des couleurs plus dégradées, se rapprochant volontairement de l'artiste Norman Rockwell, ayant ouvert la voie dans les années 60 à une véritable réflexion culturel avec des toiles comme la célèbre The Problem We All Live With (Le problème avec lequel nous vivons tous). La teneur du message ne fait donc pas de mystère, et l'œuvre s'avère aussi belle (la narration est exemplaire) qu'évocatrice... Ce qui du coup laisse toujours un peu dubitatif devant de nombreuses critiques entendues lors de sa première publication aux USA. Les mêmes finalement que celles que connue le Django Unchained de Quentin Tarentino, comme si des auteurs blancs s'efforçant de recréer un héros noir étaient forcement suspects. On a entendu aussi quelques petits fachos en goguette trouver que les fiers à bras du KKK étaient tournés en ridicule et que le « grand nègre » ne respectait pas le drapeau confédéré en l'utilisant comme cache-sexe. Les pauvres chous.

Nathanaël Bouton-Drouard




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