RAVAGE T.1
France - 2016
Image de « Ravage T.1 »
Dessinateur : Rey Macutay
Scenariste : Jean-David Morvan
Nombre de pages : 48 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 7 septembre 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Ravage T.1 »
portoflio
LE PITCH
Le futur. Toute trace de technologie semble avoir disparu de la surface de la Terre. Deux armées se font face devant l’ancien village de La Cadière-d'Azur. De sa tente de commandement, un homme âgé et charismatique s’entretient avec ses conseillers. Hostile à toute forme de progrès, celui que tous appellent le « Patriarche » s’apprête à lancer son attaque pour détruire la « machine » conçue par son adversaire. Car lui se souvient... 100 ans auparavant, en 2052, François Desc...
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éteindre la terre

Chef-d'œuvre incontestable de la science-fiction, le roman de René Barjavel n'a pourtant jamais vraiment bénéficié d'une solide adaptation. C'est désormais chose fait avec cet ouvrage en trois volumes signés Jean-David Morvan (Sillage) et Rey Macutay.

Si Ravage reste de toutes évidences l'œuvre littéraire phare et reconnue de Barjavel, c'est principalement pour sa vision pessimiste et post-apocalyptique d'un futur étroitement lié à celui dépeint dans le 1984 d'Orwell, au point de presque éclipser sa bien plus prolifique et qualitative carrière cinématographique. Malgré cela, contrairement aux multiples déclinaisons Orwelliennes, la dystopie de Barjavel n'a jamais véritablement connu le chemin des écrans blancs ou des cases d'une bande dessinée. Si certains aspects de son roman sont datés (absence de robots ou d'ordinateurs), c'est avant tout une controverse autour de l'idéologie du régime de Vichy qui aura entaché le livre pendant de nombreuses années. Barjavel prone un retour à la terre, les valeurs de la famille et du travail, on peut donc très vite en tirer des raccourcis faciles. Plus facile que de voir l'étonnante description post-apo-médiévale qui est faite d'une Terre sans aucune technologie, au lendemain d'une extinction de courant générale, comme si Snake Plissken était passé par là. C'est en se débarrassant de certaines idées rétrogrades et, sans dénaturer pour autant l'âme du roman et de son personnage principal, François Deschamps (rien que le nom...), que Jean-David Morvan arrive à ne pas tomber dans le piège de l'étiquetage facile et à accoucher d'une adaptation fidèle, mais libérée de son modèle.

 

de la lumière à l'ombre


Tablettes, smartphones, moyens de locomotions supersoniques... le 2052 décrit par Morvan n'est pas si éloigné du notre. Plutôt que de proposer une vision fantasmée (malgré les éternelles voitures volantes) de monde, Morvan verse dans l'anticipation « réaliste » du quotidien, permettant au lecteur de se sentir plus facilement en adéquation avec le récit. Barjavel critiquait par l'intermédiaire de son protagoniste la débauche et la superficialité des générations ayant accès à tout, Morvan le confirme. Une vision du future subtilement dépeinte par Rey Macutay (un ancien story-boarder), dont les coups de pinceaux arrivent avec un certain dynamisme à rendre crédible la cohabitation entre buildings à la Blade Runner et bâtiments haussmanniens. Donnant vie avec brio à ses personnages, Macutay insuffle un souffle apocalyptique et épique au récit. Apocalyptique car la vision de l'enfer lors du passage de l'ombre à la lumière est saisissant, par son découpage et sa mise en scène. Epique, car l'on regrette presque de pas passer plus de temps en 2152, et suivre les aventures de ces hommes revenus au moyen âge, tant son rythme sec et entrainant nous fait vivre un assaut de château fort sur dix pages sans perdre une seule seconde notre attention.

Ravage la BD devient dès lors un triptyque passionnant et arrive presque à gommer les défauts que l'on pouvait tout de même reprocher au roman. Certes, l'idéologie mise en avant reste discutable et les personnages ultra caricaturaux (les gentils paysans contre le méchant homme d'affaire), mais au final l'égalité face à la nature s'impose comme une grande claque en pleine figure. Un rappel à l'ordre malheureusement toujours nécessaire et d'actualité.

François Rey


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