SHANGRI-LA
France - 2016
Image de « Shangri-La »
Dessinateur : Mathieu Bablet
Scenariste : Mathieu Bablet
Nombre de pages : 224 pages
Distributeur : Ankama Editions
Date de sortie : 2 septembre 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Shangri-La »
portoflio
LE PITCH
Ce qu'il reste de l'humanité vit à bord d'une station spatiale dirigée par une multinationale à laquelle est voué un véritable culte. Les hommes mettent en place un programme pour coloniser Shangri-la, la région la plus hospitalière de Titan, afin de réécrire la genèse à leur manière.
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L'avenir est un long fleuve tranquille

Artiste découvert encore une fois par Run et son Label 619 (tout comme Florent Maudoux et son Freaks' Squeele), Mathieu Bablet est un vrai créateur ayant déjà transporté ses lecteurs vers les rives du post-apo poétique (La Belle Mort) et de la mythologie antique (Adrastée). Un petit jeune dans le monde de la BD, mais qui avec Shangri-La achève de démontrer qu'il a déjà tout d'un grand.

D'ailleurs, prémonition de ce qui pourrait s'apparenter à un tournant évident dans l'étoffe de sa carrière, cette nouvelle BD ne sort pas en plusieurs tomes, mais directement en un seul et unique volume, grand et lourd, doté de plus de 200 pages de visions complexes et amples d'un futur lointain. Une société qui a délaissée la Terre, que l'on nous dit dévastée par quelques sombres crétins qu'on appelle humains, vivant reclus, les uns sur les autres dans une station orbitale géante gérée par le consortium Tianzhu. Omniprésent, omnipotent, la nouvelle figure dictatoriale qui sait caresser ses esclaves dans le sens du poil et du confort consumériste. Bien entendu dans cet Invasion Los Angeles (They Live de John Carpenter) en apesanteur, barricadé de publicités sexistes et lobotomisantes, quelques personnages se réveillent doucement, interpelés par la figure révolutionnaire Mister Sunshine, et par une enquête qui pourrait leur faire découvrir la nature d'étranges expériences sur l'origine de la vie. Mathieu Bablet (qu'on a aussi croisé sur l'anthologie Doggybags) embrasse sans vergogne la science-fiction littéraire des années 70. Il questionne constamment la figure du héros, ici Scott, homme du système qui va s'éveiller lentement, mais aussi surtout les fondations même de cette société utopique pour les gourous du CAC40, reflet légèrement déformante de la notre, où la population oublie ses problèmes en se ruant sur la sortie d'un nouveau gadget changeant de version tous les six mois, oubliant son histoire grâce aux soldes express.

 

l'Odyssée finale


Shangri-La n'est pas une BD particulièrement jouasse, ni foncièrement optimiste sur l'avenir de l'homme, mais Bablet sait temporiser son thriller oppressant, en disséminant un léger second degré salvateur, à même justement d'amener le récit vers des révélations sordides (les animoïdes et leur statut de soupape... belle trouvaille et terrible analyse) et un final gigantesque aussi violent, brutal, que lumineux. Mise en garde contée à hauteur d'homme (tout comme Adrastée justement), Shangri-La est une œuvre foisonnante, admirablement construite entre émotion, suspens et amorce de réflexions métaphysiques qui prendrait finalement presque le 2001 de Stanley Kubrick / Arthur C. Clarke à contre-pied, annonçant dans son ouverture (se déroulant un million d'année plus tôt) et son final contemplatif (trente mille ans plus tard) un rattachement de l'humain à ses racines et à une existence plus fondamentale. Entre-temps bien entendu, l'auteur aura déroulé sur ses planches semblant gigantesques et monumentales des décors futuristes fouillés et impressionnants dans leur contrastes entre enfermement et panorama spatiaux, imposé un univers extrêmement crédible dans ses designs et littéralement assourdi par sa narration exemplaire, simple et terriblement efficace. Artiste au style très particulier, légèrement anguleux et géométrique, Mathieu Bablet touche régulièrement à la pureté sémantique, faisant de ce paradis perdu, de cette méditation aussi spectaculaire qu'intime, son Shangri-La.

Nathanaël Bouton-Drouard






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