THE WRENCHIES
Etats-Unis - 2014
Image de « The Wrenchies »
Dessinateur : Farel Dalrymple
Scenariste : Farel Dalrymple
Nombre de pages : 304 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 23 mars 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The Wrenchies »
portoflio
LE PITCH
Dans un futur détraqué, ce qu'il reste de vie est oppressé par des créatures diaboliques, les Shadowsmen. Seul un groupe d'enfants impitoyables et organisés, les Wrenchies, tentent sans relâche de les combattre. Quand Hollis, un garçon étrange et solitaire issu de notre monde, accède par magie à l'univers futur des Wrenchies, il découvre que sa quête est bien plus grande qu'il ne l'avait rêvée...
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Magie intérieure

Quand Mike Mignola déclare « Fabuleux. Le dessin est magnifique, les personnages géniaux - il y a là à peu près tout ce que je pourrais attendre d'un roman graphique »... forcément on le croit et ça donne terriblement envie. Mais est-ce que le génial créateur d'Hellboy ne se serait pas un peu emballé ?

Surtout, les amateurs de l'un pourrait être surpris tant l'univers exploré par The Wrenchies n'a pas grand chose à voir avec celui de Mignola. De toute façon, la dernière œuvre de Farel Dalrymple (Oméga l'inconnu pour Marvel, mais aussi Pop Gun War chez Kymera), ne ressemble à pas grand chose de connu. Artiste profondément indépendant et développant un style volontairement surréaliste, il absorbe le lecteur dans une trame digne d'un enchainement infini de poupées russes où les enjeux d'un chapitre, d'une page, peuvent venir contredire, bousculer, les précédents. Clairement, le curieux ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, ayant l'impression de suivre une aventure qui s'écrit au grè des aspirations de son créateur. The Wrenchies débute comme une évocation moderne d'Alice au pays des merveilles, s'échappe rapidement dans un futur apocalyptique et improbable baigné de magie et de radioactivité, puis revient sur le destin quotidien d'un bambin enrobé fan de comics, pour repartir dans l'avenir, le gosse dans la besace, et faire apparaître au passage d'authentiques héros venus d'une BD qui s'appelle... The Wrenchies.

 

génération no future


Mise en abyme constante où les jeunes survivants découvrent une BD dont ils se seraient inspirées avant de la lire, où l'auteur même de cette BD se révèle l'origine du mal et de l'invasion des Shadowmen, le roman graphique se bouleverse constamment, changeant de rythme, de ton, d'angle, voir même d'univers et bien souvent de point de vue. Et la réalisation de l'ensemble se tourne aussi vers une approche expérimentale, usant de superbes illustrations dynamiques et fouillées, d'une colorisation élégante, mais parfois scabreuse, alternant les découpages amples, voir contemplatifs, métaphysiques, les enchainements d'inserts, les planches en coupe ou les actions se superposent, tout autant que des textes aussi mystérieux qu'épais. The Wrenchies ne se lit pas comme une détente, mais comme un puzzle de 300 pages, un kaléidoscope parfois génialissime, parfois gratuit, laissant autant dubitatif que charmé, tandis que Dalrymple se questionne sur le pouvoir de la création et de l'art, ou tend la main vers les errances de l'adolescence, leur découverte de la finalité humaine et leur recherche d'une place de l'univers. Entre temps, on sera passé par des tableaux délirant de SF rétro, des visions horrifiques scabreuses, des combats épiques gagesques, des exorcismes poussifs de la société moderne, avec une frénésie, une accumulation qui éparpille la narration, la rend bien souvent opaque comme auto-dévorante. On ne peut douter de la sincérité de Dalrymple, ni de son talent, on peut par contre douter que tout le monde y trouve son compte.

Nathanaël Bouton-Drouard






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