LES DERNIERS JOURS DE SUPERMAN
Whatever Happened To The Man Of Tomorrow (Superman #423 + Action Comics #583) + Superman Annual #11 + DC Comics Presents #85 - Etats-Unis - 1985/1986
Image de « Les Derniers jours de Superman »
Scenariste : Alan Moore
Nombre de pages : 136 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 25 mars 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Les Derniers jours de Superman »
portoflio
LE PITCH
Pour commémorer la disparition de Superman il y a dix ans, un journaliste interview Lois Elliott, ex-Lois Lane et compagne du super-héros. Elle retrace une à une les aventures de Superman, jusqu'à son ultime apparition.
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chute en trois actes

On ne présente plus Alan Moore, scénariste mythique de l'ère moderne des comics, auteur anarchique et puissant qui a totalement transformé le monde de la BD américaine par un mélange de réflexions philosophiques, mythologiques et politiques qui laisse pantois. Pourtant, le grand barbu n'aura croisé que trois fois le destin de Superman, le plus grand des super-héros. Des épisodes mythiques réunis ici en un seul album.

Une première puisque si certains de ces comics avaient déjà été lisibles en France, c'était souvent au milieu d'une autre anthologie comme celle proposée par Panini en 2005, L'univers des Super-héros DC par Alan Moore, avec oh joie une colorisation numérique parfaitement inadaptée. Retours aux sources ici, avec qui plus est une toute nouvelle traduction, totalement à même de faire profiter de ces chapitres incontournables de la vie de Superman. Mais attention, nous somme en 1985 et Superman est encore cette idole pure et forte, ce modèle absolu de bonté et d'héroïsme auquel personne n'a encore vraiment osé toucher.

 

Horizon funèbre


Mais à l'orée du fameux Crisis on Infinite Earths et du futur reboot imaginé par John Byrne dans The Man of Steel (aucun lien et c'est tant mieux), DC se déride et entame la fin d'une époque. Déjà en juin 1985 dans Superman Annual #11, le scénariste invité, accompagné de son compère Dave Gibbons, projette Kal El dans une Krypton fantasmé crée par un terrible parasite envoyé par Mongul. Un doux rêve ? Pas vraiment, 20 ans après que la planète ait failli disparaitre, la société est tiraillée par une modernité galopante et un Jor El devenu fou, futur dirigeant fasciste à la solde d'une secte violente. Alan Moore bouscule le mythe, égratigne la vision paradisiaque de sa planète d'origine et fait chanceler la raison du héros comme personne.


L'auteur n'est pas là pour cajoler la figure de proue de DC, mais bien pour la mettre face à ses faiblesses, à sa finalité, ce qui va être le cas plus clairement dans le suivant DC Comics Presents #85, où mis en contact avec une plante venue de sa planète, Clark Kent agonise, perdu entre la perte progressive de ses capacités et de sa stabilité psychique. Visions cauchemardesque d'une planète de moins en moins accueillantes, crises de fureur qui pulvérisent la nature alentour, Sup' ne sera finalement sauvé que par l'intervention de la Créature du marais, personnage dont il vient de réinventer l'univers avec l'illustrateur Rick Veitch, forcément idéal pour une telle opération.

 

L'homme sans lendemain


Deux fascicules qui involontairement mènent directement au point d'orgue de l'album : Whatever Happened To The Man Of Tomorrow. Un concept éditorial dont l'idée est simplement de mettre fin officiellement aux aventures du premier Superman, celui de Jerry Siegel et Joe Shuster, celui qui aura été accompagné par Krypo le chien, combattu des vilains stupides et bourrés de couleurs flashy, celui qui aura grandi en tant que Superboy et hésité constamment entre Lana Lang et Lois Lane. En arrière-plan, toutes les veilles trames doivent s'achever ici, mais pour Alan Moore, qui tout de même se plie généreusement à ce panthéon kitch, on sent que l'idée est surtout d'amener directement, et violement, cet univers nostalgique dans une ambiance plus contemporaine, crue, noire et bien moins idéalisée. En 1986, le scénariste est en pleine publication de ses Watchmen, et si le dessinateur ici est l'honorable vétéran Curt Swan (30 ans de Superman et dérivés à son actif), le spectacle n'a en définitive plus grand-chose d'enfantin. Assuré de sa mort prochaine (la planche où il pleure sur son sort, marquante) alors que ses vieux ennemis reviennent près à tuer tous ses proches, ce Superman ne semble plus à sa place dans un tel monde. Peut-il rester de marbre ? Doit-il accepter le destin ? Va-t-il vraiment disparaitre ? Moore orchestre le tout avec une écriture toujours brillante, scrute ses réactions avec une certaine cruauté... pour le faire rejaillir plus fort que jamais dans une ultime pirouette, prévisible oui, mais diamétralement chaleureuse, touchante. Un classique du genre à placer fièrement aux cotés de The Killing Joke.

Nathanaël Bouton-Drouard



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