DARK KNIGHT III T.1
Dark Knight The Master Race #1-2, Dark Knight Universe Presents: The Atom #1, Dark Knight Universe Presents: Wonder Woman #1 - Etats-Unis - 2015
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Nombre de pages : 96 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 4 mars 2016
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Après avoir remporté une victoire décisive contre le tandem formé par Luthor et Brainiac, Batman disparait et Gotham est à nouveau en proie au crime et à la désolation. Mais peu après, la rumeur circule : le Chevalier Noir serait de retour. Pendant ce temps, Lara, la fille de Superman, appelle le scientifique Ray Palmer au secours de la ville-bouteille de Kandor…
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De l'ombre à la lumière ?

Saga culte et incontournable de l'histoire des comics, The Dark Knight Returns rejoint au début des années 2000 par un rageur Dark Knight Strikes Again, est aujourd'hui encore une pierre angulaire de l'histoire éditoriale de Batman. Annonçant depuis des années qu'il conclurait un jour sa trilogie, Frank Miller revient avec The Master Race, et il n'est pas tout seul.

Un retour qui n'est pas cependant mû que par un grand élan artistique de la part de DC Comics, mais bien d'un souci tout à fait commercial. Très motivé par le succès du nostalgique Before Watchmen qui malgré un niveau très moyen à connu de très belles ventes et surtout un vrai engouement pour les rééditions de la BD originale, DC a entrepris de faire les yeux doux à Frank Miller, à l'origine de l'autre titre révolutionnaire du Dark Age. Ce dernier avait d'ailleurs pris une certaine distance avec le milieu des comics, accaparé par le monde du cinéma (les deux Sin City et le catastrophique The Spirit), mais aussi entouré désormais par les effluves de polémiques politiques, voir idéologiques, dont le brulot primaire Terreur sainte peut être vu comme le honteux reflet. Une confrontation entre un vigilante et une armée de terroristes islamistes qui devait, un temps, nourrir justement un potentiel DKIII. Question de rendre se retour plus compliqué encore, Miller a récemment été très amoindris par un cancer (dont il semble tiré d'affaire), qui l'a laissé amoindris, ne pouvant se charger seul comme autrefois des illustrations et de l'écriture.

 

sur tous les tableaux


C'est donc un nouveau volume du Dark Knight qui commence dans ce premier tome, où l'artiste se voit épaulé par quelques grands noms : l'excellent Brian Azzarello vient quelque peu calmer les ardeurs dans les dialogues et donner une forme légèrement plus mainstream à la trame, tandis que le pointu Andy Kubert, avec tout de même Klaus Janson à l'encrage, signe des graphismes moins alambiqués et contrastés, tout en s'inscrivant assez efficacement dans les codes des deux premiers volumes. Autre particularité de la maxi-série encore en cours aux USA, chaque chapitre est constitué d'une quarantaine de pages (au lieu des 20 habituels) complétées par des back stories de plus d'une dizaine de pages s'intéressant ici à Atom puis Wonder Woman. Le premier est dessiné par Miller en personne avec une vision plus colorée, mais toujours aussi détonante, tandis que le second permet à Eduardo Risso de souligner sa filiation avec le maître. Une collaboration collective qui change forcément légèrement la donne dans les planches, moins brutales, moins expérimentales et fascinantes que celles de The Dark Knight Returns ou Dark Knight Strikes Again (l'un des travaux visuels les plus explosifs de sa carrière), mais qui malgré tout délivre de très beaux moments et surtout ne dénature jamais la personnalité de l'auteur.

 

main de fer dans un gant de velours


Plus soft en apparence donc, et pour l'instant un poil moins violent, Dark Knight III, réussit sans mal à scotcher le lecteur dès les premières pages. Batman n'est plus. Bruce Wayne serait mort. Et pourtant une nouvelle ombre traverse Gotham alors que la cité est de nouveau la proie de la corruption et à la lisière de l'état policier. Suite directe de l'opus précédent, The Master Race (titre volontairement polémique, on ne se refait pas), ménage ses effets, use des points de vues pour garder une énorme force de frappe sous le pied, donnant plus d'importance que jamais à l'ex-Robin espiègle Carrie Kelley, tandis que l'appel au secours des habitants de Kandor s'avère un piège mortel pour Atom, et sans doute moral pour Lara la fille de Superman (catatonique) et Wonder Woman. L'écriture est toujours aussi percutante, la narration découpée à la « manière de », la logique de cet univers parallèle (où l'on peut ajouter Batman Year One et l'inachevé All-Star Batman) imparable... et surtout Frank Miller y réintègre, presque en sous-marin, nombres de ses questionnements contemporains : place des médias, effondrement du pouvoir moral, dieux aux pieds d'argile et menace sectaire. Et oui, tel un cheval de Troie, drapé des oripeaux d'une équipe créative plus étendue, Dark Knight III revient à la fin du second chapitre sur un thème houleux de son Terreur Sainte ! Amené avec plus de subtilité et une esbroufe sévèrement burnée, ce retournement assure que Miller n'a pas baissé la garde, espérons cependant que la suite des évènements reflète tout autant son récent apaisement.

Nathanaël Bouton-Drouard






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