JESSICA JONES : ALIAS – SECRETS ET MENSONGES
Alias #1-15 - Etats-Unis - 2001/2002
Image de « Jessica Jones : Alias – Secrets et mensonges »
Dessinateur : Michael Gaydos
Scenariste : Brian M. Bendis
Nombre de pages : 400 pages
Distributeur : Panini Comics
Date de sortie : 13 janvier 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Jessica Jones : Alias – Secrets et mensonges »
portoflio
LE PITCH
Jessica Jones était une super-héroïne costumée mais ses pouvoirs plus qu’ordinaires ne lui ont jamais permis de trouver sa place au sein de l’univers Marvel. Sa carrière de justicière révolue, Jessica travaille désormais comme détective privé dans sa propre agence Alias Investigations. Mais sa vie se retrouve bouleversée lorsqu’elle découvre la véritable identité d’un célèbre héros...
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Super Jewell

Dernière série super-héroïque évènement de Netflix, Jessica Jones a crée la surprise en premier lieu parce qu'elle s'intéressait à un personnage secondaire de l'univers Marvel. Un personnage que les lecteurs de comics n'avaient cependant jamais oublié après le fabuleux comicqui l'avait vu naître, Alias, enfin réédité par Panini Comics.

En 2001, Marvel imagine lancer une nouvelle gamme de comics vouée à un publique plus mature mais qui apprécie tout de même l'univers classique de l'éditeur. Pour ne pas faire de confusion, les revues sont estampillées du label Marvel Max et promettent une plus grande liberté créative pour les auteurs, ne les bridant ni sur le langage, ni sur le traitement de la sexualité, ni sur la violence. Et le premier titre publié est Alias où dès la première pages les « fuck » s'enchainent, suivis un tout petit peu plus loin par une scène d'amour très culottée dans laquelle Jessica se fait prendre sauvagement par Luke Cage, alias Powerman. La série se résume-t-elle à cela ? Non bien entendu car une fois cette frontière franchie, Brian Michael Bendis a posé le décor, marqué sa différence et n'aura plus vraiment besoin d'y revenir.

 

l'autre


Encore loin d'être le pilier de l'éditeur comme c'est le cas aujourd'hui, le scénariste est à l'époque surtout reconnu pour la qualité de ses œuvres indépendantes, polars noirs cool et vénéneux comme Torso ou Goldfish, et son démarquage des hommes en collants avec Powers. Alias partage d'ailleurs beaucoup avec cette dernière, mais marque immédiatement par la personnalité de son héroïne. Censée au départ être Jessica Drew, ex-Spider-Woman, le personnage central est détachée de la continuité (quoi que) et renommé Jessica Jones, jeune détective privée adepte de la bouteille et de l'auto-flagellation, dont le lecteur va peu à peu découvrir le passé de super-héroïne à peu d'envergure, ancienne collègue des Vengeurs alors que très peu se souviennent d'elle. D'où les nombreuses séquences souvent drôles lorsque ses enquêtes croisent Steve Rogers, Matt Murdock ou le second Homme Fourmi. Désabusée, paumée, Jones n'est jamais à l'aise avec l'univers Marvel et c'est ce qui fait sa force. Bendis la malmène d'épisodes en épisodes, mais toujours avec beaucoup de chaleur, la laissant se révéler progressivement devant un lecteur immédiatement happé par sa personnalité mais aussi par la brillante construction des différents chapitres.

 

l'enfer des affaires


Mise en possession d'une cassette exposant l'identité secrète de Captain America, lancée sur les traces de Rick Jones (ancien sidekick de Hulk, Cap America ou Captain Marvel), engagée par Jonah Jameson pour découvrir les secrets de Spider-man ou confrontée à une petite ville qui joue à la chasse aux sorcières avec les mutants, Jessica Jones est une vraie héroïne de récits policiers dans le contexte particulier des comics Marvel. mais là, les multiples clins d'œil à l'historique de la Maison des idées, sont bien plus souvent l'occasion d'éclairer sa propre psychologie, tout en délivrant des visions pertinentes du monde moderne sur fond de critique sociale. Rarement Bendis n'a été aussi brillant autant dans la construction de ses récits (les dialogues sont juste géniaux), ou dans la création de toute pièce d'un personnage aussi fort que Jessica Jones. Et le mélange entre Marvelverse et réalisme est tout aussi intelligemment abordé par l'illustrateur Michael Gaydos, épaulé à quelques occasions par le génie Bill Sienkiewicz et Mark Bagley (pour les flashbacks « classiques »), qui lui donne des traits attractifs mais très loin de la pin-up avec un visage tiré, quelques kilos en trop et des expressions pas toujours des plus charmantes. Son découpage est tout aussi réussi avec une fausse simplicité, un superbe jeu sur les ombres et les gros plans, et des cadrages dramatiques osés.

Bien entendu, ce premier volume de l'intégrale en deux volumes, fait consciencieusement l'effort de ne pas creuser la raison de l'état de la dame, prenant son temps, disséminant quelques indices, pour ne pas déflorer le mystère qui sera au centre du dernier arc. C'est là finalement la seule erreur de l'adaptation de Netflix, vouloir trop vite entrer dans le vif du sujet, alors que des épisodes stand alone auraient été bien plus constructifs. En tout cas, ce comic qui affiche déjà dix ans bien tassés, est encore et toujours un vrai chef-d'œuvre.

Nathanaël Bouton-Drouard




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