OUTCAST T.1 : POSSESSION
Outcast #1-6 - Etats-Unis - 2014/2015
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Dessinateur : Paul Azaceta
Scenariste : Robert Kirkman
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 1 avril 2015
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Outcast T.1 : Possession »
portoflio
LE PITCH
Kyles Barnes vit reclus dans sa maison, terrassé par un passé douloureux. Il lutte depuis son enfance contre l’emprise de démons sur sa vie et son entourage. Lorsque le révérend de sa ville natale le sollicite pour l’aider à pratiquer un exorcisme, Kyle commence à faire le lien avec la possession de sa mère. Il est sur le point de dévoiler la véritable nature de ses dons, qui vont s’avérer terrifiants.
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Co-créateur d'un certain Walking Dead en marche depuis maintenant plus de dix ans, Robert Kirkman aura mis le temps avant de proposer une nouvelle série horrifique. Forcément attendu au tournant, en particulier pour le mettre à mort en cas d'échec, Outcast fait une fois encore très fort, délivrant un thriller flippant, qui se larve forcément dans les méandres d'un quotidien au bord de la rupture.

Pas de zombies ici, pas de noir et blanc racé non plus, Outcast brouille immédiatement la donne pour les fanas de Walking Dead, s'incorporant presque tel un virus, dans le petit paysage bien tranquille de la Virginie, entre petite ville dépeuplée, maisonnettes mal rafraichies et communauté délaissant un peu trop leur lieu de culte aux dires du pasteur. Rien de bien anormal donc, et pourtant immédiatement le dessinateur Paul Azaceta (Northlanders, Marvel Noir: Punisher) effrite le vernis avec ses visages lourds, tirés, toujours prêts à se transformer dans des crispations de douleur ou de colère, tandis que les décors, présent certes, s'éloignent vers une épure qui instaure une certaine distance avec la normalité. Cette ambiance inquiétante, lugubre, n'est pas étrangère non plus au travail admirable de la coloriste Elizabeth Breitweiser (Fatale) sculptant les ombres avec une force incroyable, rapprochant ainsi parfois le trait de son collègue d'un Mike Mignola. Des planches splendides, ciselées dans leur découpage, qui jouent ainsi sur la même ambiguïté que les textes de Kirkman, scrutant les révélations terrifiantes faites au pauvre Kyles Barnes, jeune homme à l'enfance chaotique, autour duquel semble graviter des forces noires, démoniaques.

 

Les maisons du diable


Là où la plupart des essais récents sur la question de la possession se vautrent bêtement dans l'accumulation d'effets ou un pathos soporifique, Outcast revient à sa manière sur la beauté glaçante de l'incomparable L'Exorciste, transformant le quotidien, la normalité en une réalité monstrueuse sous une impulsion insaisissable. Les scènes d'exorcisme, où Luke est aidé par un Révérend Anderson en perte de repères, sont certes franchement impressionnantes et graphiques, mais l'essentiel de la BD semble se tenir dans les à cotés, lorsqu'un flashback vient éclairer la raison du coma de la mère de Luke, lorsqu'un homme étrange s'installe comme nouveau voisin, ou enfin quand la gentille sœur essaye de sortir son frangin de sa torpeur, de devenir l'acteur de sa propre vie. Les dialogues sonnent toujours parfaitement justes, à propos, et servent d'écrin à un récit adulte dont la complexité ne se laisse pour l'instant qu'à peine effleurer. Mais les promesses sont constamment présentes, Kirkman cajolant ses mystères, ses faux-semblants, amenant de nouveaux personnages étoffer un univers déjà très physique. Un combat contre le mal qui ne fait ici que débuter, poussant une mère à battre son fils, un gamin à s'entre-dévorer ou un amis à violer et tuer la femme de l'autre, dans une explosion de barbarie absurde, incompréhensible, œuvrant comme un virus insidieux. Et cette fin du monde intimiste porte bel et bien la patte de l'auteur de Walking Dead.

Nathanaël Bouton-Drouard




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