LA VRAIE VIE DES FABULEUX KILLJOYS
The True Lives of the Fabulous Killjoys - Etats-Unis - 2013/2014
Image de « La Vraie vie des fabuleux Killjoys »
Dessinateur : Becky Cloonan
Scenariste : Gerard Way, Shaun Simon
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 19 novembre 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « La Vraie vie des fabuleux Killjoys »
portoflio
LE PITCH
Il y a des années de cela, un terrible affrontement opposa le groupe des Killjoys à la méga corporation B. L. I.. Cette dernière, victorieuse, continua d'aliéner les populations, de combattre les libertés et de dessaisir les citoyens de leur individualité. Mais Girl, unique survivante des Killjoys, est bien décidée à reprendre le combat et à faire définitivement taire ce sombre pouvoir despotique.
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Dead Satellites

Gerard Way n'est pas le premier leader d'un groupe de rock (pop) à délier ses talents dans la BD, mais il aura au moins laissé sa marque grâce aux deux volumes cultes d'Umbrella Academy. Mais si sa deuxième œuvre s'embarque vers une approche tout aussi personnelle, elle n'affiche pas toujours la même énergie communicative.

Leader du groupe My Chemical Romance, Gerard Way est entré dans le monde du comics avec grand bruit, livrant la série post-moderne Umbrella Academy, véritable petit bijou d'inventivité narrative mise en scène avec talent par l'indispensable Gabriel Ba. Forcément après cela, les lecteurs attendaient de pied ferme sa prochaine aventure... qui aura mis du temps à voir le jour. Il faut dire que Killjoys est en gestation depuis longtemps, et a connu plusieurs revirements (voir les deux postfaces des co-auteurs) avant de devenir une mini-série de six épisodes éditée par Dark Horse. Les fans du groupe de Gerard Way, connaissent d'ailleurs déjà très bien cet univers post-apocalyptique, post-pop et totalement dérangé, puisqu'il était au cœurs du concept album Danger Days : The True Lives of the Fabulous Killjoys, qui fut formidablement mis en scène dans les clips dédiés avec les musiciens dans la défroque de ces héros stylés et un certain Grant Morrison en assassin de service. On y découvrait une vision colorée, flashy et un poil anar du futur, dans lequel les Killjoys affrontent une méga-corporation et protègent une petite fille censée sauver le monde. Le comics reprend le récit quelques années plus tard après l'échec de ces derniers, alors que Girl (la fille donc) a bien grandi, que les Killjoys sont devenus des légendes copiées par des fans ridicules et que B.L.I. règne en maître sur Battery City.

 

the Kids from yesterday


Cette vision déglinguée, peuplée de machines à plaisir, de Draculoïd décérébrés et traversé par des valeurs cyberpunk, est on ne peut plus prometteuse, mais malheureusement Gerard Way et Shaun Simon (autre membre du groupe) accumulent trop souvent les curiosités, les décalages, sans jamais y donner une logique où en tout cas une ligne directrice. Les personnages se croisent mais ne se reconnaissent pas, coexistent à peine, dans une succession d'épisodes finalement assez plate, où les palabres non-sensiques ressemblent à une prose terriblement hermétique. Clairement, le volume passe souvent à coté de son potentiel (la jolie et tragique Blue, le robot-messie Destroya), et donc de sa porté et de son émotion jusqu'à un final qui laisse de marbre. Vraiment dommage, surtout qu'à coté de cela Becky Cloonan (Northlanders, Conan, Batman) livre un travail visuel époustouflant. Ses personnages sont immédiatement accrocheurs, ses paysages désertiques ou urbains parfaitement conçus, et elle réussit avec finesse à donner corps à ce petit monde plein de contradictions et de juxtapositions, avec même quelques planches franchement spectaculaires et/ou poétiques. C'est souvent magnifique et l'édition «Comics Prestige» grand format de Delcourt permet d'en profiter confortablement. Un album qui signe au moins la redécouverte d'une illustratrice qui à manifestement un vrai sens de l'anticipation et de la SF.

Nathanaël Bouton-Drouard


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