SUPREME TOME 2 : LE RETOUR
Supreme The Return - Etats-Unis - 1997 - 2000
Image de « Supreme Tome 2 : Le Retour  »
Scenariste : Alan Moore
Nombre de pages : 288 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 1 juillet 2009
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Supreme Tome 2 : Le Retour  »
portoflio
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LE PITCH
À force de voyager dans des mondes alternatifs, Ethan Crane finit par perdre tout repère. Il décide alors de partir à la recherche de ses origines, et apprend qu'il mène une double vie. D'un côté, il est Ethan Crane, un banal salarié travaillant dans un journal, mais de l'autre, il est le héros «Suprême ». De rencontres en surprises, il prend conscience que sa vie est une série d'énigmes à résoudre.
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Sans limite

C'est en 2003 que les lecteurs français découvrent enfin l'intégrale en volumes des aventures de Supreme, concoctées par Alan Moore. Il aura pourtant fallu attendre six ans avant que Delcourt se décide à publier le second (et dernier) pavé de la collection. Si comme toute œuvre du créateur de La Ligue des Gentlemen Extraordinaire, la série est indispensable, la folie psychédélique qui la parcourt risque d'en surprendre plus d'un.

 

Lorsqu'Alan Moore reprend un personnage déjà existant, ce n'est pas en général pour se contenter de poursuivre tel quel le travail de ses prédécesseurs. Son run sur le méconnu Supreme en est le plus symptomatique. Créé par Rob Liefeld (X-Force, Youngblood)  et Brian Murray (Young All Star) au sein de l'univers Image Comics, Supreme était au départ un simple ersatz de Superman. Un personnage quasiment invincible (pourtant tué plusieurs fois), et atteignant selon les scénaristes le statut de Dieu. Après de multiples relectures et réécriture des origines, cet être sans faille était clairement un boulet pour l'éditeur qui peinait à lui donner un second souffle, et surtout une véritable direction artistique. La décision fut donc prise au numéro 41 de confier le bébé au mythique Alan Moore (From Hell, V pour Vendetta), celui-ci n'acceptant qu'à la condition de pouvoir faire fi des visions antérieures (les jugeant faiblardes) et d'œuvrer en tout liberté. Quitte à développer un Superman de pacotille, autant y aller à fond. Fin connaisseur de l'histoire des comics et admirateur sans bornes des pionniers du genre, il use donc de l'homme en cape comme véhicule pour un hommage appuyé envers le travail pop et kitsch de Weisinger, flanquant le héros d'une sœur et d'un chien super-héros, le fait entrer dans une équipe de justiciers de toutes les époques, revient sur ses début en tant que Kid Supreme... Les amateurs de Supes apprécieront.

 

L'homme de demain et d'hier

 

Si Watchmen était la vision au vitriol d'un panthéon transformé par le monde moderne et sa cruauté, Supreme en est la version colorée et acidulée. Une vision postmoderne certes, mais libérée de toute perversion où le naïf côtoie la métafiction. L'identité humaine du bonhomme est désormais un dessinateur de comics qui use de ses expériences pour construire les nouveaux récits d'un certain Oniman... qui n'hésitera pas à sortir des pages pour se lancer dans un duel (surtout verbal) avec le héros. Dès lors, dans ce second tome, toutes les vannes sont ouvertes : bourré de clin d'œil plus ou moins discrets à quelques grandes séries, le scénario mène la BD au travers de mondes alternatifs, de dimensions parallèles, de paradoxes temporels, explore un univers où finissent toutes les versions de Supreme (Supremacy), imagine ce que devient la petite amie adolescente quarante ans plus tard, montre ce que donnerait un super-chien en rut et surtout confronte le personnage à un Jack Kirby en pleine fureur créatrice. Un album profondément décomplexé où les changements incessants de dessinateurs (dont la participation de Gil Kane, Jim Starlin ou Melinda Lost Girls Gebbie) deviennent justement, par cette compression, un vrai jeu référentiel où chaque style permet d'évoquer tour à tour les années 80, 90 ou les âges d'or et d'argent d'une industrie qui n'a de cesse de bousculer la continuité de ses univers. On connaissait surtout d'Alan Moore une maturité implacable, Supreme lui donnerait presque un petit air d'éternel adolescent.

Nathanaël Bouton-Drouard

 

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