NORTHLANDERS T.1 : LE LIVRE ANGLO-SAXON
Northlanders #8-9, #18-19, #1-8, #41, #11-16 - Etats-Unis - 2007/2011
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Scenariste : Brian Wood
Nombre de pages : 480 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 21 mars 2014
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Des brumes du premier millénaire ont surgi les héros qui allaient façonner le visage des siècles à venir. À l’assaut de l’Europe, le peuple viking apporta avec lui la fureur et le progrès. Peuple fier chargé d’une culture singulière, en guerre contre le Christianisme, ils nous léguèrent leur goût pour le commerce et l’exploration. Voici leur histoire, vécue de l’intérieur.
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L'odyssée des fils d'Odin

En rééditant la formidable série de Brian Wood, Urban Comics propose un objet unique et délectable. En effet, et en accord avec le scénariste, l'éditeur propose trois volumes qui reclassent les 50 épisodes par zone géographique et chronologique. Une approche qui s'avère payante, pour l'un des récits Vertigo les plus fabuleux qui soient !

Scénariste de l'excellente série de politique-fiction DMZ (également publiée par Urban), et qui préside à l'actuelle destinée des X-Men, Brian Wood aura donc écrit pendant quatre ans cette incroyable saga consacrée à l'un des peuples les plus fantasmés de l'histoire de l'Europe. Loin des clichés, loin des mythes, loin de la légende, Wood s'attelle ici à des récits d'aventure historique faisant la part belle aux personnages forts et aux combats violents, faisant souffler un vent furieux et mélancolique sur le genre, à l'image des magnifiques couvertures du talentueux Massimo Carnevale. Divisé en quatre récits distincts, et un épisode unique, ce premier volume se consacre aux années d'occupation des îles britanniques, de 793 à 1014 après J.-C. La première grande idée de Wood est d'alterner les points de vue, chaque histoire étant raconté soit par un envahisseur Viking, soit par un insulaire breton. Ainsi, le premier récit s'intéresse à un enfant vivant à Lindisfarne, au Nord de l'Angleterre, régulièrement humilié par son père et son frère, et qui verra dans l'arrivée d'une troupe de guerriers nordiques la réponse à ses espoirs les plus fous. Superbement illustré par Dean Ormston (Judge Dredd), cette intrigue montre le début de l'invasion Viking, et insiste beaucoup sur la peur qu'ils inspiraient aux Saxons vivants dans la crainte du Dieu unique. Une parfaite introduction à l'univers furieux et mélancolique de Northlanders.

 

Le goût du sang


L'affaire se corse, et prend une tournure à la fois violemment épique et terriblement intimiste, avec les deux récits, tout simplement sublimes, qui prennent la suite. Skjaldmös est le terme norrois (vieil islandais) qui désigne une femme guerrière. Un titre qui correspond parfaitement à l'histoire de ces trois Danoises obligées de se réfugier dans les ruines d'un château entouré par la mer, après le massacre de leurs compagnons par des Saxons revanchards. Féminin dans son âme, le récit nous montre le courage et la ténacité des ces femmes du Nord bien décidées à survivre coûte que coûte, qui à envoyer aux enfers tous les soldats qui oseront se présenter à elles. Dessinateur des séries Vertigo Luna Park et El Diablo, le croate Danijel Zezelj impose son trait rugueux aux ombres profondes et aux rouges sanglants de ce puissant portrait de femmes fortes, régulièrement traversé de combats sauvages et sans pitié. Un choc. Plus classique (quoique...), le récit suivant est celui qui ouvra la série à sa création. Odyssée en huit chapitres d'une vengeance et d'un retour aux racines, Sven le revenant fait honneur au style très « howardien » (on y revient très vite) de Brian Wood, et nous compte le destin héroïque, quasi-mythologique, d'un mercenaire varègue de retour sur les terres de son père après un exil dans les eaux du Bosphore. Aventurier taciturne et provocateur, Sven (re)découvre un territoire désolé, et avec l'aide d'une archère sauvageonne, va tenter de renverser son oncle usurpateur. Rythmé par les exécutions punitives barbares, le récit montre également avec acuité la mélancolie et le poids des actes qui envahit peu à peu le protagoniste, alors qu'autour de lui le monde semble sombrer dans un chaos. Histoire d'une vengeance et d'un apaisement, le récit de Sven se voit magnifier par le dessin de l'artiste italien Davide Gianfelice (Six Guns chez Marvel), qui compose de saisissantes pages pleines de bruit et de fureur, et retranscrit avec passion les paysages sauvages des Orcades, du Nord de l'Écosse, balayées par un vent glacial et les actions des Hommes du Nord.

 

En enfer, avec toi...


Après un interlude sympathique, mais quelque peu anecdotique et pas très beau, revenant sur le caractère courageux des femmes du Nord (La Fille de Thor), place au gros récit qui clôt ce volume Anglo-Saxon. Collaborateur régulier de Brian Wood, au style réaliste et dynamique, Ryan Kelly (Star Wars, DMZ) illustre avec panache un pur récit de survival sanglant, louchant vers les meilleures histoires de Robert E. Howard (ceux consacrés aux Vikings, bien sûr, mais on pense surtout à l'incroyable Au-delà de la rivière noire et son Conan traqué par les Pictes). En mêlant sa petite histoire (la traque d'un guerrier celte par une troupe de soldats normands) à la Grande (le récit se déroule en parallèle de la bataille de Contarf, qui vit la défaite des envahisseurs Vikings face à l'armée irlandaise), Brian Wood décrit avec égale révérence l'âme celte et l'âme nordique, l'intrigue plaçant face à face un irlandais barbare et sanguinaire, et un soldat scandinave aux méthodes aguerries. Excessivement sombre et triste, très violent, La Croix et le Marteau oppose deux conceptions bien différentes de la vie, de la vengeance, de la foi et de l'engagement, jusqu'à une conclusion implacable qui finit par laisser un goût amer dans la bouche.
Il aura fallut attendre quelques années pour découvrir dans des conditions optimales le travail fabuleux de Brian Wood. Mais l'attente est enfin récompensée, et de la plus belle manière qui soit. Car si les deux volumes à venir (consacrés à l'invasion de l'Islande, puis du reste de l'Europe) sont à la hauteur de cette première salve, c'est peu dire que les Hommes du Nord n'ont pas fini de se révéler à nous...

Frédéric Wullschleger






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