JOKER ANTHOLOGIE
Etats-Unis - 1940/2013
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LE PITCH
Il est le pire ennemi du plus grand détective du monde, le plus célèbre de tous les malfaisants, le Clown prince du Crime… le Joker ! Dans cette anthologie inédite, retrouvez les plus grands méfaits de ce scélérat au sourire démoniaque qui hante les nuits de Gotham City depuis près de 75 ans ! Une sélection d’épisodes servie par les plus grands noms du comic book.
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L.O.L.

Quelques mois seulement après Batman, c'est au tour de son pire ennemi de s'inscrire dans la collection Anthologie d'Urban Comics. Si l'on espérait l'arrivée de volumes consacrés à Wonder Woman, Flash ou Green Lantern, il faut reconnaitre qu'ils n'ont pas son sourire.

Si Batman a immédiatement connu un grand succès dans les pages du fameux Detective Comics, combattant la pègre et quelques truands hauts en couleurs échappés des pages de Dick Tracy mais disparaissant inévitablement à la fin de l'épisode, il lui fallait forcément un nemesis à sa hauteur. Et c'est seulement un an après sa première apparition qu'il rencontra un certain Joker et ce, de façon significative, dans le premier numéro de la revue sobrement intitulée Batman. Immédiatement, les jeux sont faits puisque le numéro contient d'ors et déjà deux histoires qui les confrontent : Batman contre le Joker et Le Retour du Joker, question d'imposer l'idée d'un personnage trompe-la-mort bien décidé à faire régner le crime, et la folie, sur la ville que l'on ne nomme pas encore Gotham. Si les deux aventures en elles-mêmes n'ont rien de véritablement décoiffant, reprenant la structure habituelle du « vilain » du moment, le coup de génie de Bob Kane et surtout Bill Finger et Jerry Robinson, est d'imposer un contraste percutant entre les deux personnages. Le héros est sombre, taciturne, le Joker lui est revêtu d'un smoking violet, le visage blafard marqué par un rictus effrayant rehaussé de rouges sur les lèvres et de cheveux verts éclatants. Clairement inspiré visuellement de l'adaptation cinématographique de L'Homme qui rit (Victor Hugo) par Paul Leni en 1928, le personnage est aussi une réinterprétation remarquable de l'ancienne figure du joker présent sur les cartes à jouer. Inoubliable par son design, le personnage l'est tout autant par son comportement sadique, annonçant à l'avance le décès de ses victimes et les transformant, grâce à son gaz hilarant, en des cadavres figés par un sourire sardonique. Totalement fou et machiavélique, le Joker compense son irrationalité par une intelligence hors norme capable de rivaliser avec le Batman. Un grand ennemi est né.

 

Le Plus fou des deux


Mais à l'instar du Dark Knight, le Joker va subir les évolutions éditoriales de DC et des comics, menacés par le Comics Code, et perdre une part de sa superbe. Fini l'assassin implacable et macabre, le Joker prend peu à peu l'image d'un branquignole givré et hystérique rendu célèbre par la série tv des 60's, usant de gadgets improbables (Plagié par le Joker, La Ceintures à Gadgets) ou devenant presque une copie du Sphinx dans son obsession des plans tarabiscotés et son ego démesuré (La Doublure du Joker, Les Exploits burlesques du Joker). Rigolard, gaffeur, souvent très drôle mais plus vraiment effrayant, il faudra attendre la libération des années 70 et l'arrivé du mythique duo Dennis O'Neil et Neal Adams (Les Cinq Vengeance du Joker), pour qu'il réussisse une mue épatante entre la malice des premiers temps et le comportement haut en couleurs des yéyés. Dans Le Poisson qui rit (Steve Englehart et Marshall Rogers), Odieux anniversaire (Len Wein et Walt Simonson), Mort de rire (Mike W. Barr et Alan Davis) ou surtout Le Choc des symboles (Alan Grant et Norm Breygfogle), le Joker y est enfin décrit comme la part d'ombre de Gotham et du Batman, anarchiste sociopathe développant toutes les outrances pour provoquer le chaos le plus éclatant. Un retour finalement à ce qui avait été à peine évoqué dans L'Homme au masque rouge (en 1951) où ses origines enfin révélées était forcément dues à une intervention de l'alter ego de Bruce Wayne.

 

tango assassin


Des destins entrelacés, dépendants l'un de l'autre comme l'on déjà creusé l'indispensable The Killing Joke d' Alan Moore et Dave Gibbons, mais aussi le premier film de Tim Burton. C'est d'ailleurs lorsque les deux se confrontent frontalement et ouvertement que les récits sont les plus réussis comme le prouve l'excellent L'Homme qui rit, maxi épisode écrit par Ed Brubaker (Gotham Central) et dessiné par Doug Mahnke (Final Crisis) synthèse maitrisée de tous les aspects du personnage, réinventant, presque de façon définitive, la première rencontre entre les deux ennemis de toujours. Un indispensable, qui effectue d'ailleurs un joli hommage dans sa structure au Batman Année Un de Miller et Mazzucchelli, et qui rehausse le contenu de l'énorme volume où manquent inévitablement ses pires méfais (Un Deuil dans la famille, The Dark Knight Returns...), mais aussi la présence de récits plus originaux allant piocher dans sa courte minisérie perso ou ses invasions régulières d'autre univers super-héroïques (Superman était une autre de ses victimes préférées, voir Empereur Joker). Un manque comblé en partie par un léger détour très cartoon du coté de Batman Adventures (se déroulant dans l'univers de la série années des 90's) et pour un grand moment de mythomanie hystérique à l'occasion du Robin #85 où Joker réinvente de façon hilarante sa longue histoire avec le « dynamic duo ».

Mais il est impossible de lui résister cependant, figure indispensable de l'univers Batman, poil à gratter de l'écurie DC et surtout créature iconique plébiscitée au passage par toutes ses incarnations à l'écran (de Cesar Romero dans la série TV à Heath Ledger en passant par Nicholson et Mark Hammil dans la série animée) il a même très souvent réussit à voler la vedette à l'encapé. Dangereux certes, mais superbement fou.

Nathanaël Bouton-Drouard






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