DONJON CRéPUSCULE 110 & 111
France - 2014
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Dessinateur : Alfred, Mazan
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 12 mars 2014
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Le temps s'est écoulé sur Terra Amata. Marvin est devenu le roi Poussière et, se sentant mourir, le vieil ermite part pour le cimetière des dragons. Mais ce sont les dieux qui décident qui doit vivre ou mourir, et ceux-ci ont d'autres plans pour le vieillard. Accompagné de Marvin le Rouge, il va devoir affronter celui qui fut autrefois son meilleur ami, Herbert, aujourd'hui connu sous le nom de Grand Khan.
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La charge héroïque

Les lecteurs n'y croyaient plus et pourtant Lewis Trondheim et Joann Sfar ont finalement trouvé le temps pour venir achever leur immense saga Donjon, après six ans d'absence. Pour le coup, ce n'est pas un, mais deux albums qui sortent en simultané. Ce qui tombe bien, puisqu'ils se lisent en simultané aussi...

Clairement, les deux compères n'avaient absolument pas prévu l'engouement que connaîtrait leur petite série d'Heroic Fantasy déglinguée lorsqu'ils signèrent le premier album en 1998 tout simplement intitulé Donjon. 15 ans plus tard, l'univers se déploie en 5 séries, 35 albums, où sont venus s'amuser à leur tour des illustrateurs amis comme Manu Larcenet, Christophe Blain ou Blutch, tous en tout cas connus pour une approche adulte et expérimentale de la BD. Et c'est justement une grande part de la magie Donjon, mêlant aventures fantasques, grosses blagouses, bastons épiques, et une approche constamment délirante où les situations improbables et le second degré vient dérouter l'enchantement d'un univers faussement naïf. Pourtant sous ce chaos dérivé en trois grandes époques (Potron-Minet, Zénith et Crépuscule) et une poignée de one-shots plus gagesques, se cachait dès le départ un immense tableau parfaitement orchestré par les deux compères et qui devait s'achever par une immense apothéose. Enfin illustrés les tomes 110 et 111 (de nombreux « numéros » ne sont toujours pas publiés) sont clairement cet immense feu d'artifice tant attendu. Se déroulant en parallèle l'un de l'autre, avec de nombreuses vignettes qui se recoupent, Haut Septentrion et La Fin du Donjon, racontent chacun à leur manière le combat final des nombreux héros de la série face au plan de domination globale de l'Entité noir.

 

Les héros ont froid aux oreilles


Dans le premier Marvin Rouge et Zakutu tentent de protéger les objets du destin afin de couper en deux (ou autre exécution efficace) le maître du mal, dans le second Herbert et le Roi poussière traversent le monde des morts en espérant y trouver un indice pour s'en sortir vivant. Deux générations de héros, les fougueux aventureux contre les vétérans bien fatigués, l'idée est amusante, les différentes péripéties ne cessant de se renvoyer la balle, entre les dialogues rigolards, les changements de sexes intempestifs (si, si) et les petits désordres intestinaux qui obligent à quelques pauses impromptues. Toute la charge humoriste de la saga se retrouve pleinement étalée tout au long des deux bouquins, fortement amplifiée par l'aspect dramatique, apocalyptique, de cet assaut final autant spectaculaire que joyeusement bordélique. Et parfois les connections entre les deux titres, occasionnant quelques ellipses un peu brutales, et les nombreuses et récurrentes références à l'ensemble de l'historique et des personnages de Donjon peuvent avoir tendance à perdre le lecteur, happé par un rythme infernal et un flot de révélations sidérantes. Mais cette énergie à peine canalisée, est aussi ce qui réjouit le plus ici, véritable festival coloré, violent mais jamais méchant, plein de morts et de charcutés, mais toujours dans la bonne humeur. Invités pour l'occasion, les illustrateurs Alfred (sur le 110) et Mazan (sur le 111) se glissent parfaitement dans l'esthétique attendue, peut-être un peu trop, et livrent de très belles planches, autant dans les séquences les plus démesurées (la charge des Centurions Dragons), quei dans les plus simples, amenant par exemple La Fin du Donjon sur une dernière série de cases aussi touchantes que pleine de sens. Un baroud final parfaitement réussi. La bonne nouvelle aussi, c'est que Trondheim et Sfar ne ferment pas la porte à de futurs nouveaux albums afin de venir combler les trous de la numérotation actuelle allant de -400 à 111. Oui, Donjon est une série pleine d'ambitions... hors normes cela va sans dire.

Nathanaël Bouton-Drouard




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