LA NUIT
France - 1976
Image de « La Nuit »
Dessinateur : Philippe Druillet
Scenariste : Philippe Druillet
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 15 janvier 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « La Nuit »
portoflio
LE PITCH
La Nuit nous décrit un monde en proie aux gangs de motards anarchiques ou autres barbares déglingués et accros à la dope, se dirigeant tous, au cours d’une bataille sanglante pour le « shoot » ultime, vers une fin inéluctable.
Partagez sur :
Livre noir

C'est l'album préféré des fans de Philippe Druillet, créateur de Lone Sloane et autres space opera infernaux, et pourtant La Nuit est sans aucun doute le plus dur, le plus cruel, le plus terrifiant autant que le plus majestueux. Enfin réédité dans sa forme initiale, La Nuit ravive son cauchemar en toiles ensanglantées.

Artiste culte ayant traumatisé définitivement la BD internationale, pilier de l'expérimentation dans les pages de la mythique revue Métal Hurlant, Druillet est un artiste à part, à l'œuvre délirante et complexe, mais furieusement culte. Au sommet des expériences de lecture auquel il a confronté ses habitués, le crépusculaire La Nuit trône fièrement, aventure visuelle plus que narrative, où le chaos des pages répond irrémédiablement à la barbarie de ses gangs de toxicos, et aux tourments que connaissait alors l'auteur. En 1975, Philippe Druillet perd sa femme d'un cancer foudroyant, mais il utilise le mélange destructeur de désespoir et de colère qui l'étreint en construisant cette explosive aventure post-apocalyptique, qui va directement influencer la violence crue du premier Mad Max et la déraison des pages de Judge Dredd. Un exorcisme puissant, lourd, rageur, où comme l'annonce l'outrageuse préface, chaque action, chaque combat, chaque perspective tend vers une mort irrémédiable dans un univers où la masse vivante n'est plus qu'un produit, une chair en décomposition à la recherche du trip ultime.

 

Gisants


Mausolée déviant entièrement dédié à la gloire de la disparue Nicole (intégrée sur les dernières planches, mais aussi sanctifiée en dernière page en face d'une citation de Baudelaire), La Nuit se voit désormais éclairée d'un angle inédit par la publication presque simultanée de ses mémoires chez Les Arènes, Delirium, qui reconstitue la construction progressive d'un artiste, mais aussi l'autodestruction d'un homme entamée par ses propres parents. Philippe Druillet dont le prénom est un hommage à Philippe Henriot, chef de la Milice pendant l'occupation allemande, jeune garçon devant se construire malgré l'éducation de parents fascistes et collabos, condamnés par contumace avant d'aller embrasser les joies du franquisme. Par moyen détourné, La Nuit en est un rappel, lorsque sous une architecture massive, grandiose et écrasante, les visions cauchemardesques de sauvages motorisés répondent au totalitarisme de forces infernales et cannibales ravageant et contaminant les survivants autant que la mise en page d'une BD requiem, totalement nihiliste. Pourtant, dans ces pages où tout se déconstruit, pourrit, vomit, éructe, apparait la force de création, une énergie farouche qui laisse affleurer comme une pointe salvatrice, un anarchisme libertaire, une ironie déglinguée reflet de la tragique condition humaine. Nous allons tous crever ? Oui, et alors.

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020