EX MACHINA T.1
Etats-Unis - 2004/2005
Image de « Ex Machina T.1 »
Dessinateur : Tony Harris
Scenariste : Brian K. Vaughan
Nombre de pages : 288 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 11 octobre 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Ex Machina T.1 »
portoflio
LE PITCH
Après un accident, Mitchell Hundred, ingénieur des travaux publics, se trouve doté d’étonnants pouvoirs. Devenant le premier super-héros d’Amérique, il décide de se présenter à l’élection du maire de New York, histoire de mettre un peu de piment dans sa vie. Il remporte haut la main le scrutin. Dès lors, commence pour lui la véritable aventure…
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Man of real

Déjà publié chez deux éditeurs différents (Semic puis Panini) mais jamais achevé, Ex Machina revient dans la collection Vertigo Essentiels pour une intégrale en cinq volumes plus imposante et luxueuse. Un écrin adapté pour l'une des plus belles réussites du créateur de Y Le Dernier homme.

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » est l'une des citations les plus célèbres de l'histoire du comic. Un guide, un crédo laissé par Ben Parker au futur Spider-man. Dans Ex Machina, le scénariste Brian K. Vaughan en fait une réalité concrète, analysant la phrase autant comme un guide pour un futur super-héros que comme le signal d'une responsabilisation nécessaire. Ancien super-héros connu sous le nom de La Grande Machine, Mitchell Hundred a ainsi réussi à sauver l'une des tours lors de l'attaque terroriste du 11 septembre, et cet acte de bravoure va le motiver pour un autre : entrer en politique et devenir maire de New York. Et bien entendu, c'est là que le plus dur commence : composer avec les différents courants politiques (le personnage est manifestement plus proche des démocrates mais refuse l'allégeance à un parti), faire face aux murs des médias, gérer les infrastructures récalcitrantes de la ville, trouver un équilibre entre les bonnes volontés, les espérances, et leur faisabilités... Confronter les idéaux au quotidien, au réel. Une approche qui se doit une précision constante et une crédibilisation exacerbé. Heureusement le scénariste est parfait dans l'évocation des arcanes du pouvoir, entre la vulgarisation nécessaire et une documentation poussée, et surtout dans leur description via des dialogues pointus, efficaces, jamais loin de l'acidité, de l'humour à froid, qui caractérisent un monde où la première nécessité est de se protéger.

 

Politique (science) fiction

 

Connu pour son travail exemplaire sur Starman, l'illustrateur Tony Harris fait partie intégrante du dispositif, explorant des pages massives, parfois rigides, mais où la rigueur des postures, des expressions et des détails des visages confèrent une empreinte humaine indéniable. Travaillant toujours à partir de photographies, Harris insiste sur le drame naturaliste en train de se dérouler, tout en l'éclairant avec des arrières plans extrêmement purs et quelques accessoires hérités de l'art nouveaux. Une BD pas comme les autres, qui repose dans chaque story-arc autour de trois strates parfaitement imbriquées : un récit de science-fiction proche de l'univers des super-héros, un drame politique et une jonction reprenant les codes du soap. Ex Machina ressemble ainsi à s'y méprendre à une version plus fantasque de l'extraordinaire série A La Maison Blanche, d'autant qu'il attache la même importance à confronter le lecteur (et en particulier l'Amérique) à des questions sociétales majeures en montrant le chemin d'une approche nouvelle. Ainsi, dans ce premier volume regroupant les 11 premiers numéros de la série, on y découvre les origines de La Grande machine, des meurtres frappant les conducteurs de chasse-neige alors que la ville est écrasée sous le blizzard, d'étranges tags envahissant le métro et provoquent des accès de violence chez certains... Mais le nouveau maire de New York a déjà fort à faire entre une toile moderne financée par la ville qui provoque une polémique inquiétante et sa volonté presque suicidaire de célébrer un mariage entre deux hommes. Brian K. Vaughan est toujours le même auteur engagé (voir Saga, Pride of Bagdhad), et scotche littéralement lorsque tous les dangers évoqués dans sa BD autour de la question du mariage gay, se sont malheureusement entièrement réalisés il y a quelques mois en France. C'est brillant, passionnant, et intelligent, que demande le peuple ? Hundred for president !

Nathanaël Bouton-Drouard


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