JUDGE DREDD INTéGRALE T.3
2000 AD Progs 116 - 154 - Royaume-Unis - 1979/1980
Image de « Judge Dredd Intégrale T.3 »
Scenariste : Pat Mills, John Wagner
Nombre de pages : 242 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 27 février 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Judge Dredd Intégrale T.3 »
portoflio
LE PITCH
L’histoire du juge Dredd, policier du futur, continue dans ce troisième opus qui présente ses aventures dans l’ordre de publication original. Ce volume rassemble plusieurs des affaires les plus excitantes de Dredd, y compris la première apparition du juge Death et du juge Psi Anderson, et le retour de Satanus que l’on avait découvert dans la saga La Terre Maudite.
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In the Name of the law

Dépoussiérée avec classe par le récent Dredd 3D, la légende de la BD anglaise renaît enfin de ses cendres après le nanar qui avait bien failli avoir sa peau. Ca tombe bien, ces dernières années les éditions Soleil ont entamé une grande rétrospective du personnage, avec en particulier les Intégrales noir et blanc, retour aux sources d'un antihéros punk jusqu'à la glotte.

 

Très peu connu en France finalement, si ce n'est par quelques très rares traductions (presque introuvables), ses crossovers virils avec Batman (parus chez USA comics), et malheureusement un long-métrage laborieux qui ne donnait qu'un regard très parcellaire sur l'univers post-apocalyptique du personnage, Dredd reste pourtantune véritable institution au Royaume Uni. Créé dans les pages de la revue BD culte 2000 AD par John Wagner et Carlos Ezquerra, il en devient rapidement la figure de proue. Amusant d'ailleurs qu'une publication frondeuse, imbibée de la culture punk et no future, porte aux nues un Judge Dredd réac et quasiment facho. Pas de sourire enjôleur à la porte d'entrée de Mega-City One, mégalopole surpeuplée et vérolée jusqu'à la moelle, concentré de violence et de décadence où seuls les Juge sont encore capables de tenir les murs. Des hommes et femmes qui font office de police, magistrature et peloton d'exécution, et qui n'ont pas franchement l'habitude de faire dans la dentelle : un pas de côté et c'est la prison, un vague crime et c'est l'élimination barbare en pleine rue. Vieux pote du Punisher en somme, Dredd est aussi fou que borné, mais toujours (bien entendu) traité avec humour, distance, dans des courts récits semi-parodiques où les postures du bonhomme prêtent souvent au ridicule. C'est presque ce qu'il y a de plus beau d'ailleurs dans les pages noir et blanc de cette troisième intégrale (profitant d'une traduction bien plus soignée), ce mélange déroutant entre un bis premier degré, un humour décalé et cette utilisation abusive et jouissive des poses ultra-burnées du comics.

 

port du casque obligatoire

 

Complètement à la masse, expéditif, mais aussi frontalement bien pensant, Dredd en dévient attachant, touchant, tant sa bêtise morale n'est rien comparée à celle de ses contemporains. Avec les habitants de cette ville dépotoir, tout tourne rapidement à la catastrophe, comme lorsqu'un nouveau produit, le Boing, permet de transformer quiconque en boule de flipper, qu'un scientifique fait mumuse avec le sang du T-Rex géant Satanus ou qu'un messie homme-plante traverse la Terre Maudite (où vivent les mutants) pour prêcher la bonne parole... pour finir bouffé par des plantes carnivores. Rien n'est jamais sérieux, et la mort est traitée comme une simple formalité, car finalement dans Judge Dredd, l'homme n'a que la civilisation pouilleuse qu'il mérite. On peut d'ailleurs compter sur les scénaristes John Wagner (A History of Violence) et Pat Mills (co-créateur de Slaine et ABC Warriors) pour foncer tête baissée dans une SF démesurée, peuplée d'araignées géantes, d'hommes invisibles et de copy-cats de Sweeney Todd, dans des récits qui alternent SF, polar, vigilante, super-héroïsme ou même western, avec toujours la même efficacité et la même ironie. Du pain béni pour la poignée d'illustrateurs qui se succèdent sur le titre, présentant des pages N&B éclatantes, parfois chaotiques mais surtout énergiques, impétueuses comme un bon vieux titre EC Comics qui se serait essayé aux anabolisants. Au milieu de cette très belle fournée surnagent forcément les excellentes prestations de Dave Gibbons (The Watchmen), Ron Smith (méconnu mais ayant énormément de caractère) et surtout un Brian Bolland (The Killing Joke, Camelot 3000) impérial. C'est en l'occurrence lui qui marque son sceau sur l'immortelle création de ce volume : Judge Death. Un homologue de Dredd venu d'un monde parallèle ayant trouvé la solution ultime contre le crime : tuer tout le monde. Hé, au moins ça marche !

Nathanaël Bouton-Drouard




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