X-MEN – INTéGRALE 1989 (I)
Uncanny X-Men 240-245 ; X-Factor 36-39 - Etats-Unis - 1989
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Nombre de pages : 310 pages
Distributeur : Panini Comics
Date de sortie : 20 février 2013
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Cette nouvelle INTÉGRALE des X-Men est quasiment entièrement consacrée à la terrifiante saga Inferno, au cours de laquelle Madelyne Pryor, la nouvelle femme de Cyclope (qui ressemble étrangement à Jean Grey) devient la Reine Démon et part à la conquête du monde aux côtés de Belasco. Cette saga est aussi l'occasion pour les X-Men de rencontrer les membres de Facteur-X, c'est pourquoi cet album contient exceptionnellement les épisodes concernés de la série X-Factor.
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Mephisto Waltz

Grand projet rétrospectif de Panini, les grosses intégrales, avec nouvelles traductions et souvent restauration des planches, n'auront pas toutes eu le même succès. Si celle consacré à Spider-man s'accroche coûte que coûte, celle sur Thor, Hulk, Iron Man ou Wolverine n'auront pas fait long feu. Et particulièrement à coté de la saga des Etranges X-Men, en grande partie orchestrée par Chris Claremont grand ordonnateur de leur modernité.

 

Entamée il y a maintenant plus de dix ans, la réédition en intégrale des aventures des X-Men atteint aujourd'hui son 24ème tome, en l'occurrence entièrement dédié à la première partie des publications de l'année 1989. Une date charnière à plus d'un titre puisqu'en grande partie consacrée au crossover Inferno. Une idée totalement délirante qui en prenant acte du destin démoniaque de Magik (héroïne des Nouveaux Mutants), lâchait littéralement les enfers sur l'univers Marvel. Démons en tous genres, humains qui plongent dans la folie et le sadisme, New-York transformée en Gomorrhe pas si moderne, super-héros malmenés jusqu'aux limites de l'annihilation (l'excellent run de Daredevil par Ann Nocenti et John Romita Jr)... Toutes les répercussions ne sont pas forcément mémorables, mais ce sont bien entendu les X-Men qui tiennent la dragée haute dans l'affaire. Pourtant au départ, une équipe de mutants qui combattent pour le droit à la différence ne semble pas tout indiqués pour ce genre d'aventures fantaisistes. C'est trop vite oublier que le prolixe Chris Claremont les a certes dirigé vers des thématiques sociales et identitaires importantes (avec le Graphic Novel Dieu crée, l'homme détruit), mais n'a jamais hésité non plus à les ballader dans des délires de science-fiction, les confronter à des invasions aliens, leur faire visiter les terres asgardiennes, l'écosse fantomatique ou se lancer dans une quêtes digne des space opera italien de l'époque.

 

jugement dernier


Les X-Men ou l'équipe de super-héros transgenre (le double sens est voulu), témoigne constamment d'une décennie à l'imagination totalement débridé, chaotique et effervescente qui, justement, fera la gloire de la revue. Car malgré tous ces débordements que l'on pourrait qualifier aujourd'hui de totalement kitchs, toujours à la limite du ridicule, le scénariste tient solidement la barre, construisant sa saga comme un soap gigantesque, disséminant nombres de pistes, de détails qui ne prendrons tout leurs sens que dix à vingt numéros plus tard. C'est là que débarque Inferno qui, contre toute attente, va devenir la conclusion de la mythique saga du "Phoenix noir" datant de 1980. Ainsi, suite au sacrifice de Jean Grey corrompue par la force cosmique du Phoenix, les X-Men avait peu à peu implosés : son décès ayant révélé les failles du groupe et en particulier l'instabilité émotionnelles de Scott Summer, leader connu sous le nom de Cyclope. Pourtant peu de temps après débarque une rouquine, quasi-clone, du nom de Madelyne Pryor qu'il va épouser... Avant de la quitter prestement lors du retour (forcement) quelques courtes années après de Jean, pour fonder au passage l'équipe parallèle Facteur X. Un joli capharnaüm (on passe certains détails) typique de l'époque et de ses rebondissements aussi inattendus que délicieusement feuilletonesques. Le grand débarquement des limbes dans le monde moderne, lentement préparé par quelques allusions au fils des pages de l'année précédente, va donc permettre à Claremont de régler définitivement le compte à la seconde rouquine, devenue depuis la mère du fils de Cyclope, aka le futur Cable. Délaissée, oubliée, poursuivie par les maraudeurs (des mutants assassins ultra-violents) et pervertie par un démon sournois, la belle devient ici la Reine démon et décide de détruire son existence en même temps que l'humanité. Tant qu'à faire...

 

L'Epiphanie

 

Manipulations, révélations à foison, retour du mystérieux Mr Sinistre, retrouvailles houleuse des X-Men et de Facteur X (dont 4 numéros sont reproduits ici), tout cela ne semble être qu'un prétexte à une succession de visions délirantes et d'affrontements explosifs. Et pourtant tout le long des huit chapitres combinés, Claremont secondé par la méritante Louise Simonson sur la série sœur, maitrise sa narration, opérant une déflagration épique et émotionnelle sans pareil qui dévaste, autant que reconstruit, les personnages phares de l'école de Charles Xavier, poussant le vice jusqu'à en habilement réécrire une partie des origines. D'un crossover gigantesque, Inferno devient alors une fresque presque intimiste, où l'enfer est moins à l'extérieur qu'à l'intérieur de chacun des protagonistes. Entre Le Crépuscule des dieux de Wagner et la tragédie Shakespearienne, Inferno bouleverse et emporte le comic vers l'opéra grandiloquent, laissant presque entendre sur quelques planches les notes d'Une Nuit sur le mont-chauve de Moussorsgski. Une puissance forcément portée par le travail graphique incroyable de Marc Silvestri (futur créateur de Witchblade et The Darkness), ciselant à l'extrême les courbes de Madeline, Ororo et les autres, mais sans tomber dans les excès qu'on lui connaitra par la suite. Ses illustrations fascinent par l'énergie des mouvements, la sauvagerie des expressions et la richesse incroyable des détails. Un tel niveau d'excellence, que Walter Simonson (The Mitghty Thor) semble parfois à la traine sur ses numéro de X-Factor. Un volume titanesque en tout cas, qui se devait de s'achever sur une notre plus légère. Comme une petite récréation, il se boucle ainsi sur l'atypique Uncanny X-Men #245 dessiné par un tout jeune Rob Liefeld (X-Force, Youngblood). Un épisode jusque-là inédit en France et qui se présente comme une parodie nonsensique des évènements spatiaux de la série. Comme quoi, malgré ses instants les plus virtuoses et les plus branques, Chris Claremont était parfaitement conscient de frôler à chaque instant le « too much ». 

Nathanaël Bouton-Drouard





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