FABLES T17 : SORCIèRES
Fables Vol.14 : Witches - Etats-Unis - 2010
Image de « Fables T17 : Sorcières »
Scenariste : Bill Willingham
Nombre de pages : 192 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 7 décembre 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Fables T17 : Sorcières »
portoflio
LE PITCH
Alors que M. Dark a pris le contrôle des ruines de Fableville et que les Fables ignorent tout de ses projets et agissements, Bufkin, le singe docile, se terre dans ce qui reste du Bureau des Affaires Courantes aux côtés de la sorcière maléfique Baba Yaga et entend bien résister à l’ennemi. A l’extérieur, Gepetto veut devenir le chef des Fables prendre le commandement des sorcières, mais saura-t-il convaincre la communauté de sa loyauté soudaine ?
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Once upon a new time

Lorsque le scénariste Bill Willingham imagina en 2002 la série Fables, rares sont ceux qui auraient pu lui prédire une telle longévité. Dans une industrie où les super-héros bien baraqués restent la seule valeur sûre, faire débarquer dans le monde contemporain des rescapés des contes d'autrefois avait tout de l'anachronisme. Pourtant plus de dix ans après, la série est toujours là, se hissant comme le nouveau moteur de la gamme Vertigo de DC et surtout ayant réussi à dépasser tranquillement son postulat de départ.

 

Car lorsqu'il démarre sa série, Willingham installe immédiatement une opposition marquée entre ces « fables » et une mystérieuse force qui les aurait exilés dans notre monde. "L'adversaire" et ses armées de gobelins et de trolls se présentent immédiatement comme une métaphore d'un imaginaire plus porté sur l'Heroic Fantasy hérité de Tolkien. De révélations en révélations, le récit aura pris son temps pour dévoiler l'identité réelle de cette menace et finalement poussé tout ce petit monde dans une guerre sans pitié. Mais une fois cette guerre achevée, que reste-t-il de Fables ? Pas mal de choses heureusement, car la série ne se sera jamais vraiment concentrée sur ses atours épiques, ou du moins ne les aura mis que sporadiquement au premier plan, préférant s'imaginer de nouvelles extensions et de nouvelles menaces en piochant dans les pistes narratives suggérées des mois, voire des années plus tôt. Les bonnes histoires sont partout, il n'y a qu'à se pencher un peu. La force de Fables est et reste ses personnages, une galerie de gloire déchues, de héros d'antan qui se réinventent (le loup Bigby), se découvrent de nouvelles histoires d'amour, dépasse l'héroïsme de légendes plus éprouvées (Boy Blue), se combattent politiquement (la fameuse relecture de La Ferme des animaux) et deviennent finalement presque plus vivants que des protagonistes réels. Tel Marc Cherry et ses Desperates Housewifes, Willingham a littéralement donné corps à un soap romanesque, baigné de conte et de magie, où le centre de l'histoire devient la lente histoire d'amour entre Blanche Neige et le Loup, ou les retrouvailles sans cesse repoussées entre le Petit chaperon rouge et gobe-mouche.

 

Pied à terre

 

L'album propose donc un vrai dépaysement, mêlant postures anciennes, érudites et étrangeté chronique, mais tout en restant résolument moderne. La série se permet même de valser avec son improbable galerie de personnages, pour les faire passer tour à tour au premier plan en fonction des besoins du récit. C'est le cas par exemple dans ce 17ème tome français qui montre comment, en profitant de la menace personnalisée par le croquemitaine, certains tentent de prendre le pouvoir à Fableville.  La faussement juvénile Ozma qui profite du départ de Frau Totenkinder pour diriger les magiciens, Geppetto qui espère faire oublier ses dernières exactions (c'est pas gagné) et devenir à nouveau dictateur... Et pendant ce temps la belle et la bête apprennent qu'il vont être parents, tandis que Bufkin (l'un des singes de la Sorcière de l'est) combat la terrible Baba Yaga à l'aide de ses filles de l'orge, et que dans les vieux royaumes une simple partie de baseball peut se transformer en affaire d'état. Extrêmement touffu, jouant allégrement sur les destins croisés et les fausses anecdotes, l'album Sorcières imprègne le lecteur de cette force romanesque, où le moindre détail dans les illustrations de Jim Fern, Mark Buckingham et David Lapham peut dissimuler une nouvelle tragédie ou (plus rare), une agréable surprise. Inutile de préciser que sous cette masse constante de trames narratives, et ce défilé de personnages plus ou moins connus (et de toute façon métamorphosés), les nouveaux lecteurs vont rester totalement exclus de la richesse du bouquin. Ca tombe bien, en plus de poursuivre la série en couverture souple, Urban Comics réédite en parallèle les premiers tomes dans une édition plus solide. Bonne nouvelle non ?

Nathanaël Bouton-Drouard




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