LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES – CENTURY T3 : 2009
The League of Extraordinary Gentlemen – Century Vol3 : 2009 - Royaume-Unis - 2012
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Dessinateur : Kevin O'Neill
Scenariste : Alan Moore
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 7 novembre 2012
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Il n'y a plus de Ligue, extraordinaire ou autre. À Q'umar, la sanglante guerre de l'usure continue. À Kashmir, un terroriste Sikh pourrait conduire le monde vers l'Apocalypse. À Londres, une patiente dans un asile affirme qu'elle détient toutes les réponses...
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Opéra de Quat'sous

A la frénésie et à l'exubérance des années 1960, Alan Moore répond dans la conclusion de la trilogie Century par une apocalypse dépressive, à l'image d'un nouveau millénaire manifestement morne et tourmenté. Orlando en fait la remarque lors de son enquête dans les rues de Londres : « on dirait l'ère victorienne ». Finalement entre l'année 1910 du premier tome, et celui-ci, rien n'aura véritablement changé, faisant apparaître les années psychédéliques comme une parenthèse enchantée qui aura autant perdu les corps que les esprits.

 

Plus perdue et désenchantée que jamais, la Ligue, de nouveau réduite à stopper l'avènement de l'anti-christ, mais avec une Mina en asile psychiatrique, Alan Quaterman retombé dans la drogue et Orlando perdu dans les guerres du Moyen-Orient... C'est franchement mal barré. Alors que l'on s'attendait à un final en apothéose, une sorte de catharsis orgasmique où se déverserait à nouveau tout le grotesque poétique de la première série, le scénariste prend encore et encore ses lecteurs à contre-pied, démontrant avec une cruauté certaine tout ce que le monde contemporain a abandonné de magie, d'imagination, de liberté et de force créatrice. Figure récurrente de la trilogie, les ruines de l'invasion martienne tombent en décrépitude, pourries et taguées : les héros ne sont plus. Un album totalement désespéré, mais qui n'entame en rien l'enchantement toujours constant que procure la redécouverte de cette uchronie étrange et purement british, où se baladent l'air de rien les plus puissantes créations d'Albion. L'occasion de croiser en catimini deux incarnations du Doctor Who, une pelleté de James Bond (personnage essentiel du tristement inédit en France Black Dossier), des veuves athlétiques de Chapeaux Melon et Bottes de cuir, un exilé japonais de Heroes, le capitaine de Torchwood et une pelletée d'autres. Un jeu des clins d'œil et des références particulièrement jubilatoire dans lequel excelle le désormais rompu Kevin O'Neill, véritable co-créateur de la série.

 

dernière représentation ? 

 

Son trait anguleux, ses visages plus creusés que jamais, la fausse rigidité des poses sont contrebalancés à merveille par une opulence de détails, plus ou moins grotesques, plus ou moins théâtraux, nids évidents d'allusions mais aussi meilleur outil pour faire naître cette étrange sensation de réalité improbable qui traverse toute la série. Immortels mais discrètement vieillis, courageux, aventureux, mais toujours écrasés par la puissance de l'architecture et les constructions en cases fermes et régulière, les personnages sont tout autant malmenés par le dessinateur. Une merveille graphique, qui accompagne une profonde réflexion sur le statut des vieilles icones, et d'une vision dépitée de l'Entertainment moderne, de la magie transformée en gadget pour gamins naïfs... Ceci expliquant alors l'identité absolument renversante du fameux fils de l'apocalypse : un jeune magicien ayant dans un accès de folie transformé son école invisible (et accessible uniquement par un train magique) en charnier puant ! Excessivement drôle, mais aussi parfaitement logique, en particulier lorsque le deus ex machina de circonstance fait intervenir une célèbre nounou ! Malgré la tonalité très crue de l'album, Alan Moore n'a manifestement pas perdu de vue son humour acerbe et réussit même à crédibiliser ce bordel cross-media en y infusant un sens du tragique à couper le souffle. Clairement moins grand public, ou spectaculaire (quoique) que la première série de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Century en est définitivement l'excroissance imparable, un condensé de culture, d'ironie et de vivacité (d'écriture, mais aussi graphique) qui le porte à nouveau au rang des authentiques chefs-d'œuvre de la BD. Et Alan Moore qui voudrait abandonner les comics...

Nathanaël Bouton-Drouard






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