TOKYO T1
France - 2012
Image de « Tokyo T1 »
Dessinateur : Joann Sfar
Scenariste : Joann Sfar
Nombre de pages : 104 pages
Distributeur : Dargaud
Date de sortie : 31 août 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Tokyo T1 »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Elle s’appelle Tokyo. Elle est belle, elle a les cheveux rouges, elle est bronzée, elle est farouche. Elle n’appartient à personne. Elle embrasse qui elle veut. Elle porte un tee-shirt et un short à têtes de mort. Elle vit sur un atoll du Pacifique, irradiée et loin de tout. Autour d’elle gravitent un lion rock star, un tigre qui joue de l’ukulélé, une banane génétiquement modifiée dont tout le corps est dédié au plaisir, et des créatures anthropophages.
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Life is short

Vite catalogué dans la caste des artistes à la mode et gentiment fréquentables grâce à des œuvres comme Le Chat du Rabbin ou l'horriblement prétentieux Gainsbourg (vie héroïque), Joann Sfar qui se voudrait aujourd'hui cinéaste, mais était surtout à ses débuts un artiste furieusement iconoclaste.

 

Jouant avec les règles du neuvième art comme un gamin transformerait ses joueurs en catcheur, il mélangeait les codes, les styles et les genres pour aboutir à quelques grands moments de BD parmi lesquels la saga bordélique Donjons trône joyeusement à côté de ses sensuels Grands Vampires. De la BD fantastique bien moins fréquentable sans doute pour Télérama, mais à laquelle semble revenir enfin l'auteur après un Les Lumières de la France déjà gentiment dévergondé. Etrange projet sorti de la cuisse du bonhomme, Tokyo pousse d'ailleurs le bouchon très loin, permettant une nouvelle fois à Sfar d'exposer sa passion (compréhensible) pour les jolies demoiselles aux jambes effilées et aux poitrines fermes et nues. Certaines aiment même jouer avec une banane-sextoy génétiquement modifiée. Erotique, Tokyo l'est certainement puisqu'au milieu d'un déferlement de couleurs, en plein coeur des pages décadrées, des pinups improbables, s'expose l'une de ces héroïnes libidineuses : la fameuse Tokyo, qui rêve de liberté sexuelle avec son homme-tigre, une créature-poulpe tatoueuse, une auteure de BD underground lesbienne et une barmaid féministe. Tout se petite monde parle de condition féminine, de sexualité, vaguement des mâles, et surtout semble se frotter systématiquement, se caresser pour affoler plus que raisonnablement le tourneur de pages.

 

apocalypto

 

Mais cette œuvre à fantasmes est tout autant parcourue par des pulsions de mort, qui prennent l'apparence d'un ex-GI écorché vif ou d'une star du porno sado-maso torturant ses amants peu performants, tandis qu'une secte d'hommes poissons punit toute personne de leur espèce représentant le réel... Les références et allusions abondent, et finalement Tokyo semble être constitué de tout ce qui passe par la tête de Sfar, opérant un melting-pot furieux de toutes ses obsessions ou tragédies du moment (voir ce petit hommage à Moebius). Capharnaüm sans nom, retrouvailles du bonhomme avec un esprit rock'n'roll plus proche des EC Comics, de Metal Hurlant que des Inrockuptibles, l'objet se permet toutes les outrances narratives, passant d'une trame à une autre, d'un ton à un autre, laissant passer un certain vampire le temps d'une page, jouant sur les mises en abymes au milieu d'un plan zoophile et démontrant un besoin de libération artistique salvatrice, quitte à ce que parfois, le lecteur se sente délaissé en cours de route. Amusant par exemple de s'essayer à la combinaison avec le roman-photo en incluant sur certaines pages des avatars bien réels des personnages dans des situations ubuesques... mais force est de constater qu'esthétiquement ce n'est ni poétique, ni de très bon goût. En gros Tokyo est tout d'abord une BD qui fait plaisir à Joann Sfar... Au lecteur de savoir s'il veut sauter dans le train en marche, ou pas.

Nathanaël Bouton-Drouard


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