GRANT MORRISON PRéSENTE BATMAN T1&2
Batman 655-658, 663-669, 672-681 - Etats-Unis - 2006 /2009
Image de « Grant Morrison présente Batman T1&2 »
Scenariste : Grant Morrison
Nombre de pages : 272 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 13 juillet 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Grant Morrison présente Batman T1&2 »
portoflio
LE PITCH
Batman a déjà affronté Talia Al Ghul et son empire du crime à plusieurs reprises, mais leur lutte prend un tour bien plus personnel lorsqu'elle présente au héros le fils issu de leur union : Damian ! Malgré son jeune âge, il est déjà un assassin de renom et Tim Drake, alias Robin, ne tarde pas à en faire les frais !
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Batman must live !

En parallèle des sorties attendues des grands classiques et des revues actuelles, Urban Comics a eu la riche idée de proposer une collection inédite célébrant enfin la politique d'un auteur sur une période entière d'un personnage. Et écrire sur une couverture « Grant Morrison » et « Batman » avec la même importance n'a absolument rien d'anodin : Batman par Grant Morrison, c'est tout simplement unique.

 

Lorsqu'au milieu des années 2000 Grant Morrison se voit confiée la destinée de Batman, il n'en est pas à son coup d'essai avec le défenseur de Gotham. Si les superbes et horrifiques Arkham Asylum (avec Dave McKeen) et Gothic (avec Klaus Janson) avaient déjà marqué durablement la psychologie du personnage, ce n'était encore pour l'instant que des miniséries. La réédition de l'énorme run que compose la collection Grant Morrison présente Batman fait preuve d'une ambition, d'une vision plus grandiloquentes encore. Loin d'enchaîner les récits plus ou moins connectés, Morrison façonne (comme à son habitude) une peinture globale, longue de centaines de pages (presque mille à la louche), qui va effectuer la connexion impossible entre le Batman sombre et torturé moderne, sa version primaire d'origine, les légendes urbaines de Neil Adams et des délires comiques et décontractés. Doté d'une connaissance encyclopédique sur l'histoire des comics, les variations stylistiques et les évènements fondateurs des personnages, le scénariste perçoit ainsi que l'intégralité des événements éditoriaux du Dark Knight pourraient correspondre à seulement dix années réelles pour le personnage. Le voici donc, ramenant du fond des âges et avec un naturel désarment Le Club des héros (avec des avatars de Batman venus du monde entier), les trois fantômes (vision d'un devenir possible du héros), le fruit d'une nuit d'amour passée avec Talia fille de Ra's al Ghul... mais aussi le Batman extraterrestre Zur-En-Arrh et son pendant comique de la 5ème dimension, Bat-Mite.

 

Batman et fils


Un exercice extrêmement périlleux, hasardeux, mais qui pourtant se découvre une logique imparable, constituée autour de pièges et de manipulations mémorielles, de visions psychotiques et de défenses mentales. Incroyable et passionnant, le scénario prend ainsi les allures d'un gigantesque puzzle dont les pièces se mettent en place avec une logique implacable, mais dont le tableau final ne sera perceptible que lors du grand climax, en apothéose. Entre les traquenards mis en place par la société secrète Le Gant noir des années plus tôt, les révélations qui vont meurtrir la famille Wayne et la ville de Gotham, mais aussi donner un éclairage nouveau sur les origines du héros (voir le futur The Return of Bruce Wayne), ou encore la mise en place d'une équipe de batmen à travers le monde, tout se construit comme une partie d'échecs où la question est de savoir qui est le véritable adversaire. Une spécialité du bonhomme qui prend ici un malin plaisir à malmener l'icône, la confronter à ses ambiguïtés, à déboussoler ses équilibres (Damian son fils, petit Robin ultra-violent), pour le forcer à redevenir le héros bipolaire Batman / Bruce Wayne que beaucoup avaient oublié. Très noirs, voire cruels, ces épisodes qui composent L'Héritage Maudit et Batman R.I.P. sont pourtant emprunts d'une jubilation étonnante, brassant un humour référentiel et une ironie constante, passant de dialogues profonds et multicouches à de l'action décomplexée. C'est que le Batman de Grant Morrison n'est pas seulement une analyse, c'est aussi et avant tout une déclaration d'amour inconditionnelle à toutes les facettes du vigilante, aussi contradictoires soit-elles.  Des recherches qui se sont parfois heurtées à l'incompréhension de certains illustrateurs mais qui trouvent ici un réel écho. Avec Tony Daniel (The Tenth) lorsqu'il découpe ses pages en reprenant la structure d'un jeu d'échecs, avec Andy Kubert (Flashpoint) qui caviarde une baston contre une armée de Man-Bat de faux tableaux pop'art inspirés de comics et enfin lors du court passage de J.H. Williams III (Batwoman) qui éclaire le mini-arc sur « L'ile du Docteur Mayhew » de variations de styles incessantes, appuyant la personnalité de chaque personnage présent.

Une œuvre furieusement postmoderne, d'une richesse incroyable et qui n'est (oh joie) que la première partie de cette révolution indispensable dans la vie du grand Batman.

Nathanaël Bouton-Drouard




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