LE LABYRINTHE DES RASOIRS
Jun no Tamashii - Japon - 2002
Image de « Le Labyrinthe des rasoirs »
Dessinateur : Jun Hayami
Scenariste : Jun Hayami
Nombre de pages : 216 pages
Distributeur : Imho
Date de sortie : 5 avril 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Le Labyrinthe des rasoirs »
portoflio
LE PITCH
Sexe, violence et philosophie, voilà pour le programme de ce manga coup de poing, extrême et malsain, interdit en Angleterre. Refusant toute limite, Le Labyrinthe des rasoirs met en scène meurtriers psychopathes, pervers polymorphes et victimes innocentes dans un déluge d’horreurs plus intenses les unes que les autres, passant d’Eros en Thanatos dans des histoires dont le lecteur ne sortira indemne.
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A l'ombre des cadavres en fleurs

Imho n'est pas un éditeur de manga comme les autres. Lorsque certains continuent de traduire les mêmes histoires de héros aux cheveux piquants sauvant le monde des méchants, l'indépendant s'intéresse aux publications underground, à ce que certains pensent inmontrable et qui l'est pourtant depuis longtemps sur l'archipel.

 

L'érotisme japonais est autant connu pour sa liberté totale (excepté dans certains cas pour la représentation de la « pilosité ») que pour les chemins extrêmement déroutants qu'elle peut prendre, en particulier lorsque l'on touche à l'éro-guro, mêlant justement sexualité explicite et barbarie grotesque. Si Jun Hayami y est en général rattaché, ce n'est sans doute que pour sa propension à illustrer les découvertes amoureuses adolescentes, les premiers partages des corps, mais constamment pervertis par des fantasmes sordides, malades et déviants. En aucun cas cependant son style graphique, qui justement rappelle le manga un peu rude, anguleux et fortement encrée des premiers « grands », ne se laisse distraire par des effets de style, par la recherche d'une mise en page élégante, grandiloquente, travaillant ainsi une certaine fascination plastique.

 

beaume au coeur

Jun Hayami décrit une réalité brutale, malade, où le destin d'une pauvre jeune fille peut se retrouver anéanti d'une seconde à l'autre par un psychopathe, où un gentil professeur se révèle être un fétichiste des plaies cicatrisées, où un gentil garçon est incapable de supporter de voir le désir et la jouissance sur le visage de sa partenaire et où un père peut violer impunément ses enfants. Un monde noir, triste, désespéré, que l'auteur illustre par une violence directe, une mise en page sans détour où l'innocence se voit forcément anéantie, détruite par des monstres du quotidien. On est jamais très loin d'un Henry Portait of a Serial Killer ou d'un Maniac, de films qui d'une certaine façon transformaient leur narration en fonction des pulsions de leur personnage principal. Ici le point de vue adopté serait celui de sentiments récurrents, comme le désir et l'amour, qui deviennent rapidement des armes autodestructrices. Ce volume est composé d'une série de courtes nouvelles tout aussi dures les unes que les autres, dénuées de toute respiration humoristique ou stylistique, qui laissent souvent le lecteur suffocant, meurtri à son tour. Peu importe que l'on trouve ou pas la lecture supportable : elle n'est dans tous les cas jamais gratuite, montrant déjà la personnalité unique d'un auteur de manga précis et acéré comme un scalpel, mais révélant aussi sous cet amas de cadavres une véritable réflexion sur les limites de l'humanité et sa constante tentative d'ascension vers un « ailleurs ». Bizarrement émouvant.

Nathanaël Bouton-Drouard




 

 

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