LA SURVIVANTE : L’INTéGRALE
France - 1985/1991
Image de « La Survivante : L’intégrale »
Dessinateur : Paul Gillon
Scenariste : Paul Gillon
Nombre de pages : 196 pages
Distributeur : Drugstore
Date de sortie : 9 mars 2011
Bande dessinnée : note
Jaquette de « La Survivante : L’intégrale »
portoflio
LE PITCH
Dans un futur proche, une femme bloquée dans une grotte souterraine survit à une explosion atomique. De retour dans un Paris désert, elle découvre que tous les hommes ont été mis en poussière, sauf elle. Aude est la survivante. Elle passera par tous les états : la colère, la peur, l’inquiétude, le découragement, mais aussi l’euphorie et la liberté absolue. Elle peut profiter sans restrictions de cette ville magnifique qui s’offre à elle, dormir à l’hôtel Crillon, se baigne...
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Le début et la fin

Imaginant un holocauste nucléaire au cours de l'année 2007 (eh oui, ça date), la série de quatre tome La Survivante reparaît enfin en intégrale après une première édition en 1995. Si de nombreux ingrédients habituels des récits d'anticipation sont de la partie, le traitement (et pas que érotique) surprend et séduit toujours autant.

 

Publié dans la revue L'Echo des savanes à l'époque où il s'agissait encore d'un grand magazine de BD adultes, La Survivante était l'occasion pour son auteur, Paul Gillon, de s'écarter un temps de l'érotisme suranné et du space-opera new-age des Naufragés du temps, scénarisé par Jean-Claude Forest. Comme l'indique son titre, en référence au Survivant de Boris Sagal avec Charlton Heston, la série consiste en un récit de fin du monde (inexpliquée), où l'humanité a quasiment intégralement disparu. Seule une femme semble s'en être sortie, et celle-ci doit apprendre à supporter sa solitude et sa condition. Une chronique désespérée, forcément, qui loin de la simple série B utilise les ingrédients attendus de ce type de récit SF pour discourir une réflexion philosophique sur la nature de l'homme, sa raison d'être et son avenir. Particulièrement littéraires, les dialogues revêtent une réelle ambition (tout en restant accessible), rapprochant constamment cette œuvre de certains des romans de René Barjavel (en particulier Ravage) mais avec ici une proéminence constante de la chair. Souvent relégué avec dédain vers les BD bassement érotiques, La Survivante a certes des qualités sensuelles (l'héroïne Aude est particulièrement agréable à l'œil), mais ce n'est pas là tant un prétexte pour provoquer quelques troubles qu'une illustration du pouvoir du corps et du fantasme.

 

sex machine


Ces pulsions aussi naturelles que névrotiques poussent ainsi Aude dans les bras de quelques rares humains de passage (au destin peu reluisant) mais aussi dans ceux d'Ulysse, un robot intelligent et conçu pour « satisfaire » les clientes d'un grand hôtel parisien, qui va rapidement devenir le geôlier de la jeune femme et de son fils, Jonas, qui naîtra au début du second chapitre. L'homme contre la machine (Ulysse n'est que l'émanation d'un cerveau central) : le thème est loin d'être nouveau mais ses tonalités poétique, nostalgique et parfois curieusement Bis confèrent à La Survivante une approche fascinante de l'anticipation. Et comment passer à côté de ce classique (et en particulier de sa conclusion joliment métaphysique) de la BD mature française, quand Paul Gillon y fait preuve d'un coup de crayon plus élégant que jamais ? Toujours brossé, réaliste, son trait donne parfaitement corps aux personnages et aux décors, tandis que la colorisation au pinceau permet de souligner quelques petits défauts agréablement vivants, en tout cas bien plus que le procédé informatique trop à la mode de nos jours. L'homme contre la machine ? L'artiste a fait son choix.

Nathanaël Bouton-Drouard



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